Bienvenue sur ces rivages oniriques !

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Rivages oniriques est un blog consacré aux cultures de l’Imaginaire (fantasy, fantastique, science-fiction) et aux cultures de genre (historique, thriller, épouvante…).

Vous y trouverez donc de nombreuses chroniques littéraires, mais aussi des critiques de films, de séries télévisées, d’expositions… et bien d’autres choses encore, toutes liées, de près ou de loin, à ces genres qui nous font rêver, vibrer, cauchemarder, et nous aventurer loin du territoire familier de notre quotidien.

Nous espérons que vous serez nombreux à nous rendre visite.

Et, surtout, n’hésitez pas à laisser une trace de votre passage, à donner vous-mêmes vos avis ou vos conseils de lecture, de visionnage, d’écoute ou d’incursion…

Très bonne visite !

dimanche 10 mai 2015

Pourquoi j’ai mangé mon père 
de Roy Lewis (éditions Pocket)


Résumé :
Pas si simple la vie d’une famille de pithécanthropes ! Entre la malnutrition, les prédateurs et les aléas climatiques, l’espèce humaine a bien du mal à évoluer. Jusqu’au jour où le père d’Ernest découvre que le feu peut être apprivoisé… s’ensuit alors une course au progrès pleine de suspense et de rebondissements.
Bien loin d’Internet et des nouvelles technologies, redécouvrez un temps où le silex remplaçait nos ordinateurs, où les arbres étaient les seuls gratte-ciel et où les supermarchés ne fournissaient pas encore la nourriture à profusion.
Bienvenue dans le monde d’Ernest. Bienvenue au… pléistocène !


Critique (attention, spoilers) :
Un titre accrocheur pour un livre hors du commun, qui se trouve à la croisée du roman burlesque, du documentaire et de la fable.
Ernest, le narrateur, raconte comment sa famille, guidée par un patriarche progressiste et inventif, découvre successivement, entre autres avancées techniques et sociales, la domestication du feu pour chasser et faire cuire les aliments, l’art et les peintures rupestres, ou encore l’exogamie (pratique consistant à rechercher un partenaire en dehors de sa famille ou de son clan).
Vous l’aurez deviné, les tribulations de cette famille pithécanthropesque aux caractères affirmés et très différents les uns des autres donnent lieu à des scènes truculentes dont le lecteur est témoin, partagé entre le rire et l’attendrissement. Une grande partie de l’humour de ce roman naît du décalage entre l’époque préhistorique et les discours et les raisonnements volontairement anachroniques des personnages qui n’hésitent pas à faire référence à la Bible, ou à analyser leurs premiers pas d’humains comme s’ils disposaient du recul et des connaissances scientifiques des paléoanthropologues du xxe siècle.
Car, bien que n’étant pas un spécialiste de la préhistoire, Roy Lewis ne s’en est pas moins appuyé sur des recherches sérieuses pour élaborer son roman qu’il ponctue de scènes de la vie quotidienne particulièrement réalistes. D’ailleurs, à en croire Théodore Monod, l’explorateur et naturaliste français, Pourquoi j’ai mangé mon père est « l’ouvrage le plus documenté sur l’homme à ses origines ». Sans doute faut-il un peu relativiser aujourd’hui l’exactitude de toutes les données scientifiques contenues dans ce livre écrit en 1960. Et, bien sûr, faut-il également accepter l’artifice scénaristique établissant que les plus grandes découvertes de l’homme préhistorique sont faites par une seule et même famille en l’espace de seulement deux générations. N’oublions pas en outre que Pourquoi j’ai mangé mon père, en dépit de sa nature documentaire, est avant tout un roman, et que les blancs laissés par l’histoire, ou, en l’occurrence, par la préhistoire, sont comblés par l’écrivain au moyen de son imagination.
Et, de l’imagination, Roy Lewis n’en manquait pas, lui qui a transformé le récit de l’évolution de l’espèce humaine en fable poussant à s’interroger sur la position de l’homme face au progrès. En effet, de nombreux détails du livre entrent en résonance avec des sujets modernes pour les années 60, et malheureusement toujours d’actualité au xxie siècle. Ainsi, la maîtrise progressive du feu fait indéniablement référence à l’exploitation de l’énergie atomique, et ses accidents de parcours, dont l’incendie de la forêt qui détruit la faune et la flore sur des kilomètres à la ronde, préfigurent les catastrophes nucléaires qui marqueront cruellement notre époque. Il en va de même pour les immigrants d’Afrique et les Néandertaliens qui peuplent la Palestine et ne cessent de se battre sans raison apparente (du moins d’un point de vue extérieur) tout en s’appariant de temps en temps. Le renvoi au conflit israélo-palestinien est transparent.
Mais comment résumer ce livre en quelques lignes tant les pistes de réflexion y sont nombreuses ? Pourquoi j’ai mangé mon père fait probablement partie de ces romans que vous pouvez lire et relire en découvrant à chaque lecture quelque chose de neuf, un nouveau sentier à explorer jusque-là caché par les voies innombrables que l’auteur emprunte. Et pourtant il est court, il est drôle, son style est simple mais relevé d’un vocabulaire riche et recherché… Alors profitez-en, vous pouvez consommer ce livre sans modération ! 

Note :
Bien que Jamel Debbouze se soit inspiré du roman de Roy Lewis pour créer son film d’animation Pourquoi j’ai pas mangé mon père, ce dernier est une adaptation très libre qui n’a pas grand-chose à voir avec le livre (presque) éponyme. D’ailleurs, en ajoutant la négation au titre, Jamel affiche clairement sa volonté de s’éloigner de la trame de l’écrivain pour signer sa propre comédie, au demeurant fort sympathique.