Bienvenue sur ces rivages oniriques !

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Rivages oniriques est un blog consacré aux cultures de l’Imaginaire (fantasy, fantastique, science-fiction) et aux cultures de genre (historique, thriller, épouvante…).

Vous y trouverez donc de nombreuses chroniques littéraires, mais aussi des critiques de films, de séries télévisées, d’expositions… et bien d’autres choses encore, toutes liées, de près ou de loin, à ces genres qui nous font rêver, vibrer, cauchemarder, et nous aventurer loin du territoire familier de notre quotidien.

Nous espérons que vous serez nombreux à nous rendre visite.

Et, surtout, n’hésitez pas à laisser une trace de votre passage, à donner vous-mêmes vos avis ou vos conseils de lecture, de visionnage, d’écoute ou d’incursion…

Très bonne visite !

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mercredi 13 décembre 2017

Interview Alex Evans

Laissons la parole à…

Alex Evans (auteure)


Après une participation remarquée à la conférence « Le steampunk : un genre poétique et politique » qui s’est déroulée le 5 novembre 2017 au Salon fantastique, Alex Evans, romancière et fondatrice de l’excellent blog Romans de fantasy, revient pour partager avec nous sa passion du steampunk.

Bonjour Alex. Tout d’abord, pouvez-vous nous présenter votre roman, Sorcières associées, paru aux éditions Actu SF ?
Il s’agit d’un roman steampunk un peu particulier, puisqu’il ne se déroule ni dans un Londres brumeux, ni dans le Paris de l’Exposition universelle de 1889 mais à Jarta, une cité imaginaire qui évoque plutôt les grands ports francs asiatiques de la fin du XIXe siècle : Hong Kong, Singapour, Shanghai... Une ville où presque rien n’est interdit, où l’argent règne en maître et où se mêlent peuples et cultures différents, technologie et magie.
Nous suivons les aventures de deux femmes aux caractères diamétralement opposés qui se sont associées pour ouvrir un cabinet de sorcellerie. Elles se retrouvent confrontées à deux affaires : d’une part, elles doivent libérer un vampire envoûté par un mystérieux sorcier qui l’oblige à commettre des meurtres aux quatre coins de la ville et, d’autre part, elles doivent trouver la cause d’incidents étranges survenus dans une usine où les ouvriers traditionnels ont été remplacés par des zombies.
En parallèle, les deux associées doivent aussi gérer des problèmes dans leur vie personnelle : le retour d’une vieille connaissance encombrante pour l’une, une fille préado exubérante pour l’autre.
Le roman aborde de nombreux sujets : le travail, l’argent, le prix à payer pour certaines choses en général, le poids du passé… Mais le thème principal est le changement : changements technologiques de la révolution industrielle qui survient dans cet univers, mais aussi changements personnels pour les deux héroïnes : chacune a dû fuir son pays pour se réfugier à Jarta et refaire sa vie. Enfin, le monde où elles habitent est à l’aube d’un bouleversement sans précédent, puisque la magie, ses créatures, ses règles et ses dangers, y ont fait irruption seulement vingt ans auparavant.

 

Quel a été votre approche du steampunk dans ce roman ?
J’ai volontairement évité les clichés des « grosses machines ». Ce qui m’intéressait, c’était l’esprit du XIXe siècle, son optimisme et sa soif de connaissances. À l’époque, les gens étaient convaincus que le progrès technique ne pouvait qu’apporter le bonheur et les personnages de mon roman partagent cette mentalité. Ils traitent la magie de la même façon que la chimie ou l’électricité : pour eux, c’est une science qui peut déboucher sur un usage pratique. Au lieu de faire des incantations seuls dans leur coin, les nouveaux sorciers ouvrent des cabinets, exactement comme les médecins, les avocats et les notaires, ou font des recherches en laboratoire dans les facultés. Bientôt, on a l’idée de faire tourner les usines avec des zombies, bien plus rentables que des ouvriers vivants. Seulement, si ces hommes « modernes » et « rationnels » croient avoir tout compris, la magie ne va pas s’avérer aussi simple qu’elle en a l’air…

Quel est selon vous l’avenir du steampunk ?
Je pense qu’il va prendre d’autant plus d’importance dans les prochaines années qu’il est un genre récent et innovant par rapport à la fantasy classique. Il n’a pas encore de canons rigides. Aussi, c’est un genre hétéroclite où chaque auteur met ce qu’il veut. On y voit aussi bien des romans qui traitent d’intelligence artificielle que de féminisme, de pollution ou de guerre. C’est aussi un genre qui parle de changement. Dans les romans de S-F ou de fantasy, la technologie est le plus souvent figée. En steampunk, on peut voir une société et sa technologie évoluer au fil des pages. Après tout, c’était l’une des grandes caractéristiques du XIXe siècle. Dans la plupart des romans de fantasy classique, le héros a peu de choix quant à sa profession : noble, roi (chef, général…), guerrier (assassin, mercenaire…), sorcier. L’héroïne, n’en parlons pas. Mais en steampunk, le héros peut aussi être espion, chasseur de monstres, ingénieur, pilote d’aéronef, matelot, scientifique, archéologue, aventurier, explorateur, militaire, artisan, ouvrier, détective, musicien, journaliste, domestique, étudiant… et l’héroïne peut être tout ça aussi ! Car, paradoxalement, ces romans mettent bien souvent en scène des personnages féminins qui n’ont pas besoin de prince charmant pour se tirer d’affaire ! Et autant de métiers, autant de thèmes différents à traiter ! Enfin, le steampunk emprunte souvent au XIXe son dynamisme et son optimisme (n’était-ce pas l’époque des self-made-men ?). On en a besoin en 2017 ! Enfin, peut-être le steampunk évoluera-t-il vers le dieselpunk* ?

Quels romans de steampunk nous conseilleriez-vous ?
La Guerre du Lotus de Jay Kristoff : Dans un pays qui rappelle le Japon des années 1940, tout repose sur la culture du Lotus Rouge qui sert aussi bien de source d’énergie que de médicament, ou à fabriquer les objets du quotidien. Seulement, cette plante toxique et polluante est en train de tuer le pays à petit feu. Les habitants portent constamment des masques à gaz. Les créatures magiques ont déjà disparu. Sur la foi d’un rêve, l’empereur envoie son dernier chasseur et sa fille capturer celui qui serait le dernier griffon…
Ce roman traite magistralement de thèmes comme la pollution, la dictature et, de façon diamétralement opposée, le merveilleux. L’auteur possède un style poétique et très original.
La Mort du nécromant de Martha Wells : Nicholas Valiarde, gentleman-cambrioleur, prépare une terrible vengeance contre le comte Montesq qui a assassiné son maître. Mais des évènements étranges viennent bouleverser ses plans, évoquant le retour d’un sorcier terrifiant.
Pas de grosses machines dans ce roman, mais les ombres du comte de Monte-Cristo et d’Arsène Lupin y rôdent à chaque détour. La plume de l’autrice possède une grande puissance d’évocation et nous voyons apparaître devant nous restaurants, bals, gares et souterrains.
Les Voies d’Anubis de Tim Powers : Le professeur Brendan Doyle accepte de servir de guide lors d’un voyage organisé… dans le temps – plus exactement, l’année 1810 – par un millionnaire excentrique. À la suite d’un quiproquo, il se retrouve plongé dans une aventure rocambolesque, mêlant sorciers égyptiens, mendiants et sociétés secrètes.
Ce roman est considéré comme l’un des fondateurs du steampunk, pourtant vous aurez du mal à y trouver des machines à vapeur ou des engrenages ! Mais c’est un récit malin, enlevé, qui parvient à mêler aussi bien le thème du voyage dans le temps que celui de la mythologie égyptienne, du loup-garou ou de l’identité. Attention cependant : il est truffé de références historiques et littéraires qu’il vaut mieux connaître si vous voulez suivre l’intrigue. Personnellement, je l’ai lu avec un dictionnaire !

Merci, Alex !


Propos recueillis par Troglodyte onirique

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* Le dieselpunk est un dérivé du steampunk. Alors que le steampunk se déroule généralement dans une version alternative du XIXe siècle européen, dans un contexte de Révolution industrielle, le dieselpunk couvre plutôt la période comprise entre le début de la Première Guerre mondiale et le début des années 50.

vendredi 10 novembre 2017

Interview Sébastien Péguin/John Ethan Py

Laissons la parole à...

Sébastien Péguin, alias John Ethan Py (romancier)


Sébastien Péguin/John Ethan Py était présent au Salon fantastique le samedi 4 novembre 2017, de 16 h à 18 h. Il a coanimé avec son éditeur, Dimitri Pawlowski, une conférence sur le roman fantastique : « Comment le réel s’ancre dans le surnaturel (et vice versa) ? », conférence suivie d’une séance de dédicaces de ses trois romans (Le Songe d’Adam, ChessTomb et Le Miroir de Peter).
Vous n’avez pas pu le rencontrer au Salon fantastique ? Rivages oniriques vous offre une séance de rattrapage !
Aujourd’hui, spécialement pour Rivages oniriques, Sébastien Péguin/John Ethan Py revient sur l’écriture du Miroir de Peter, son dernier roman.


Bonjour, Sébastien. Le Miroir de Peter offre une réflexion sur le pouvoir de l’image, et s’accompagne de références audiovisuelles qui raviront les cinéphiles… Te qualifierais-tu toi-même de cinéphile ?
Oui, totalement. Dès l’âge de 12 ans, j’ai été initié au cinéma par mes parents. Nous en parlions beaucoup à la maison et puis, quand j’ai été en âge de pouvoir regarder des films, j’ai commencé : les classiques français, italiens, américains, japonais, russes... Très vite, je me suis aussi passionné pour le ciné horrifique. Donc, cinéphile, oui ! J’ai complété plus tard avec Bollywood.

Quels sont les films qui t’ont le plus marqué ?
Il faudrait distinguer les genres cinématographiques pour répondre. Dans les classiques, j’ai été marqué par Les Ailes du désir (1987) de Wim Wenders, Les Monstres (1963) de Dino Risi et ses suites, Affreux, sales et méchants (1976) d’Ettore Scola, Santa Sangre (1989) d’Alejandro Jodorowsky, La Jetée (1962) de Chris Marker, et la série télévisée L’hôpital et ses fantômes (1994) de Lars von Trier. Dans ma jeunesse : disons que j’ai été marqué par des comédies mordantes comme Gremlins (1984) de Joe Dante. Dans les comédies : Top Secret ! (1984) de Jim Abrahams, David et Jerry Zucker. Dans les films d’horreur : Massacre à la tronçonneuse (1974) bien sûr, de Tobe Hooper, Henry, portrait d’un serial killer (1991) de John McNaughton, Freaks (1932) de Tod Browning, auquel je fais référence, et bien sûr Shining (1980) de Stanley Kubrick.

Ton troisième roman, Le Miroir de Peter, est surprenant et original. D’où t’est venue l’inspiration ?
Sans faire du spoil… oh si, allons-y ! Je voulais depuis longtemps traiter de l’impact de certaines images sur notre réalité. Le thème du miroir m’obsédait aussi, rémanence de rêves de mon enfance. Aussi, en combinant le cinéma et ces autres thèmes, l’intrigue du Miroir de Peter s’est mise en place. Je me suis aussi pas mal inspiré du roman Le Miroir de Satan de Graham Masterton. 

Quand on a lu tes deux précédents romans, également parus aux éditions de l’Homme sans nom, on a l’impression que tu es arrivé à une étape charnière de ton évolution en tant qu’auteur. Ce troisième roman est plus court. Ton style d’écriture semble légèrement différent, plus concis, les mots semblent avoir plus d’impact. As-tu aussi cette impression ? 
Ce n’est pas qu’une impression, mais une volonté de ma part d’aboutir à ce résultat. J’ai travaillé différemment, avec une autre méthode. En effet, il y a une évolution. Je crois qu’il y a encore une autre étape à franchir, mais je suis déjà assez fier du résultat, plus conforme à ce que je cherche à atteindre à mesure que je progresse dans l’écriture de romans de genre.

Pourrais-tu nous en dire plus sur cette « autre méthode » ?
Pour retrouver les conseils de Steve King...
J’ai suivi quelques conseils de mon mentor, Steve King. J’ai écrit tous les jours deux heures par jour, enfermé dans une pièce (souvent une chambre), et à raison de 2 000 mots, selon ce que j’avais le temps de rédiger. Avant cela, j’avais pendant trois mois peaufiné un scénario et une sorte de story board, écrit des scènes que je voulais voir apparaître, et j’avais bien sûr fait le travail de recherche préalable pour les références. Je me suis donc attelé tout l’été à écrire. J’avais prévu de sortir un chapitre par jour pendant 6 semaines, donc 42 chapitres = 42 jours. Le roman contient plus de 40 chapitres, mais le premier jet a été écrit en 39 jours. Voilà pour la méthode. Sur mon bureau de travail (qui variait en fonction de l’endroit où je passais ma semaine), j’avais mis les livres dont je m’inspirais pour ce nouveau roman : La Firme de John Grisham, Le Silence des agneaux de Thomas Harris, et la biographie de Lewis Carroll.

Travailles-tu actuellement sur un nouveau projet d’écriture ?
Plus ou moins. Ce projet n’est pas romanesque, mais tourne autour du développement personnel et de la loi d’attraction*.

Vient la fin de cette interview avec une dernière question : quel était le dernier livre que tu as lu ? Nous le conseillerais-tu ?
Eh bien, écoute, le dernier que j’ai lu n’était pas encore traduit et s’intitulait The Compound Effect de Darren Hardy, un livre sur l’effet cumulé donc, c’est-à-dire tous les petits actes qui, accomplis quotidiennement et avec persistance, créent une grande différence dans le temps. Je ne le recommande qu’aux lecteurs anglophones. Sinon, très très vivement conseillé : Conversations avec Dieu de Neale Donald Walsch. Et un très bon roman d’épouvante de la nouvelle vague anglaise : Derniers jours d’Adam Nevill.

Merci, Sébastien, de t’être prêté au jeu des questions pour cette interview. Et à très bientôt au Salon fantastique !
Merci, Estelle. C’est toujours un plaisir. À bientôt.


Propos recueillis par Troglodyte onirique

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* La loi de l’attraction a été popularisée grâce à deux best-sellers de développement personnel : Réfléchissez et devenez riche, de Napoleon Hill, et Le Secret de Rhonda Byrne. Cette « loi » part du principe que les événements qui se déroulent dans notre vie, positifs ou négatifs, sont attirés par nos pensées (positives ou négatives). Les auteurs préconisent donc d’apprendre à mieux formuler nos pensées pour n’attirer que les choses souhaitées.

lundi 6 juin 2016

Laissons la parole à…


Sébastien Péguin, alias John Ethan Py


(écrivain)


Comment te définirais-tu en trois dates clés ?
En 1990 (je crois), milieu d’année, j’ai aux alentours de 13 ans et je suis en 4e. Je ne suis pas un grand lecteur, voire pas lecteur du tout. La lecture m’ennuie vite, alors je ne lis que des BD. Pourtant, en furetant du côté des romans fantastiques dans ma bibliothèque municipale, je tombe sur Simetierre de Stephen King, dont la couverture m’attire. La 4e de couverture me convainc d’emporter le livre et de me plonger dedans. Là, c’est un choc existentiel. Une révélation. La dernière page tournée, un impératif clignote dans ma tête : devenir romancier, écrire des bouquins comme celui-là. Je suis donc passé de « zéro livre lu » à « je veux devenir romancier », et tout d’un coup je me suis donné comme ambition de rattraper des années de retard de lecture. C’est à cette même période que j’ai commencé à écrire des nouvelles.
Aux environs de 2004, je rédige mon premier roman « officiel ». C’est-à-dire une histoire structurée, longue de 400 pages, et un projet abouti à 100 %. J’ai fait d’autres tentatives avant, mais là je pousse l’expérience jusqu’à le faire imprimer, et à créer la couverture moi-même. J’ai déjà achevé deux romans, mais rien de vraiment publiable. Celui-là je l’ai écrit alors que je lisais Harry Potter et l’Ordre du phénix. J’ai lâché ce tome à la moitié et je me suis dit : « Il faut que je fasse quelque chose. » L’histoire de J. K. Rowling n’avait plus de sens pour moi. Que les fans me pardonnent, mais je trouvais le texte trop long et répétitif, trop axé sur la frustration. Cela m’a fait décrocher, car je ne voyais pas où voulait en venir l’auteure. J’ai donc écrit ma propre version d’Harry Potter. Une sorte de huitième tome. Son titre : Harry Potter et le sortilège de D. Fairy.
Enfin, en 2008, je découvre Le Roi des aulnes de Michel Tournier, tandis que j’écris Le Songe d’Adam, mon premier roman publié aux éditions HSN. Ce classique me montre que l’on peut faire une histoire fantastique en même temps que philosophique, et il a une influence très forte sur mon texte.

Es-tu auteur à plein temps ?
Si la question implique que je n’aie aucune autre activité (plus lucrative, par exemple) en plus de mon métier de romancier, la réponse est « non ». Mais si la question consiste à demander si j’écris tout le temps, alors la réponse est « oui ». Pour l’instant, l’écriture ne me permet pas de m’assurer une vie matériellement confortable. Si, enfin, « à plein temps » doit impliquer que j’écrive toute la journée, la réponse est encore « non ». Je suis auteur à plein temps quand je décide de me consacrer à cette activité, de même que je suis enseignant à plein temps quand je suis au collège.

Pratiques-tu d’autres activités artistiques qui te permettent de t’exprimer ?
Oui. J’ai fait des études d’art et je continue de peindre. Je pratique aussi la guitare et le chant. Il m’arrive enfin de réaliser de courts métrages, à partir d’images (photos, morceaux de films…). Je lie souvent le tout avec une histoire que j’invente, un texte donc, que j’enregistre ou que je place en surimpression sur les images. Enfin, parfois, j’ajoute au métrage une bande sonore.

On n’écrit pas un roman comme on peint un tableau… Quelles sont les différences d’expression que tu éprouves en fonction des différents médias que tu utilises ? Y a-t-il des choses que tu peux dire dans un roman ou un court-métrage que tu ne peux pas exprimer par la peinture ou vice versa ?
Il faut adapter sa manière de penser, voire de ressentir, au média. En peinture, je vais me concentrer sur les harmonies colorées, les jeux de rythme d’images. Faire un travail sur la perspective, le « près » et le « loin », et évoquer des thèmes via des associations d’images ou de mots, selon ce que je représente. Je dirais donc que ma pensée s’adapte à ce que je peins, et c’est mon œil qui va tout régler. Pour ce qui est de la vidéo, mon approche va dépendre d’une trame narrative, mais il y aura tout un aspect spécifique entre le son et l’image qui permettra de produire des effets précis, de susciter des émotions, du rire… J’aime surtout travailler sur l’aspect émotionnel quand je peins ou réalise une vidéo. Pareil en musique.
L’écrit quant à lui répond davantage à une part de l’esprit rationnelle, conceptuelle, car un texte naît d’images mentales et en crée à son tour. De fait, certaines idées exigent d’être exprimées dans le temps, et parfois à haute voix pour que les mots libèrent tout leur impact. L’écrit, art du temps, permet aussi de créer une évolution bien plus subtile, car longue de 300 pages et non plus de 10 minutes de vidéo ou de musique. Certains effets visuels et sonores sont en revanche quasi impossibles à rendre dans un texte. C’est pourtant l’une des questions que je me pose souvent, « comment je peux rendre tel effet purement visuel ou sonore de manière textuelle », et à laquelle je tente de répondre lorsque j’écris.

Que retrouves-tu dans l’écriture que tu ne trouves pas dans les autres médias ?
La capacité de raconter une histoire forte, dans laquelle on peut s’immerger et plus facilement créer des liens entre différentes mythologies ou idées. Le fracas de certains mots, aussi, va susciter des images mentales quasi impossibles à reproduire par l’image. La plupart des romans ont aussi cela de spécifique qu’ils mettent en scène des êtres humains. Donc on s’y projette toujours un peu, soi, en tant que personne. Il est difficile de rendre un texte (un roman, en tout cas) aussi abstrait qu’une peinture...

Comment trouves-tu le temps d’écrire, avec toutes ces activités créatives ?
Je ne le trouve pas, je me le crée. J’ai une conception du temps et de l’organisation qui me permet de faire tout ce que je souhaite, si je décide de le faire. Je ne dis presque jamais que je n’ai pas eu le temps. Le temps, je l’ai. C’est juste que je ne l’ai pas pris, et que je l’ai utilisé pour faire autre chose qui me paraissait plus important. J’aurais beaucoup de choses à partager sur ce sujet et sur l’art de gérer son temps, de se le créer. Mais, là, la conversation deviendrait très sérieuse... 

Comment l’idée de ChessTomb t’est-elle venue ?
Elle m’est venue des intuitions et de l’envie de créer à partir d’œuvres littéraires et cinématographiques qui ont laissé leur empreinte sur moi. Alors que j’étais ado, vers 13 ans, j’ai vu le film Re-Animator de Stuart Gordon en cachette de ma mère, qui n’aimait pas ce genre de films. On s’est fait le visionnage chez un pote, une après-midi... Ça marque. C’était un de mes premiers films d’horreur. Un choc. L’histoire qui m’unit à Re-Animator est très personnelle. Alors que j’étais à la campagne avec un ami dont le frère, plus âgé, l’avait vu, il m’a été raconté en entier. Rien que le récit du film m’avait marqué. Puis je l’ai vu quelques années après. Le thème de la résurrection m’a toujours fasciné. J’ai fait mon mémoire d’Esthétique sur cette problématique. La question que je me suis posée était : « Quel lien il pourrait y avoir entre Lovecraft, Re-Animator, et Descartes ? » Apparemment, aucun. Et pourtant... Le lien existe. Je le développe dans ChessTomb. Pour bâtir le reste du roman, je me suis inspiré d’autres thèmes, j’ai eu d’autres intuitions qui se sont rattachées à ce mystérieux lien. J’ai également été poussé par l’envie de parler de la création littéraire. Enfin, la lecture de Drood, de Dan Simmons, m’a orienté vers la forme actuelle de ChessTomb, vers cette patine que j’ai cherché à donner aux témoignages de mes personnages vivant dans les années 20.

ChessTomb est un hommage vibrant à H. P. Lovecraft. J’ai également cru reconnaître, dans la violence et la crudité de certains passages, l’influence de Graham Masterton que tu cites d’ailleurs dans tes références. Quels sont d’après toi les écrivains qui t’ont inspiré dans l’écriture de ce roman ?
Tu as vu juste. Graham Masterton est l’un de ceux qui m’ont le plus inspiré pour les parties horrifiques. Et, comme je le disais juste avant, Drood de Dan Simmons m’a beaucoup marqué. Curieusement aussi, De sang-froid de Truman Capote, dont j’ai apprécié, au début, la manière très distanciée de décrire un fait divers réel. Mon éditeur m’a également suggéré de lire La Maison des feuilles de ce type au nom imprononçable*... La façon dont il décrit certaines scènes m’a aussi influencé. Enfin, je me suis bien sûr inspiré du roman épistolaire, essentiellement du Dracula de Bram Stoker. Mes lecteurs ont pu faire le lien avec d’autres références, mais je ne les ai découvertes qu’après la parution de ChessTomb.

T’arrive-t-il de lire d’autres auteurs d’horreur français ?
Non, je ne lis pas d’autres auteurs d’horreur français. Je connais Sire Cédric de nom et pour l’avoir croisé sur des salons, avoir discuté avec lui, mais je n’ai pas pris le temps de le lire encore. Ni Morgane Caussarieu, ni Maxime Chattam. Mais c’est en prévision, j’ai du retard à rattraper…

L’intrigue de ChessTomb est assez complexe. Elle fait des tours et des détours pour, à terme, former un tout cohérent. Il ne doit pas être facile de ne pas s’emmêler les pinceaux quand on écrit ce genre de textes. Fais-tu partie de ces auteurs qui se construisent un plan très détaillé ou préfères-tu écrire au fil de l’eau ?
Cette remarque est intéressante car elle met précisément le doigt sur les artifices que l’on peut créer par l’écrit, notamment en remplaçant le classique chapitre 1... par un autre titre, par exemple : « fragment de document n° x »... L’intrigue de ChessTomb est en réalité très linéaire. On suit un personnage dans une partie, un autre personnage dans une autre. Les événements s’enchaînent en fonction des informations que l’on doit avoir pour comprendre l’histoire. Je n’ai pas trouvé difficile de bâtir le plan de ChessTomb. Il y a eu du travail, oui, mais pas aussi complexe qu’il n’y paraît. Ce ne sont que des artifices qui piègent le lecteur. Et ça, piéger le lecteur, j’adore ! et ça marche, apparemment...
Quant à la question « est-ce que j’utilise un plan ou est-ce que j’écris à l’instinct », la réponse est : « j’apprends ». J’expérimente de nouvelles approches. En fonction du temps que je veux passer à écrire un texte, des nouveaux objectifs littéraires que je me suis fixé. J’évolue vers une écriture à plan détaillé qui me fait gagner du temps. Puis, quand je passe à l’acte et que les personnages commencent à exister dans ma tête, que je les entends parler, penser, je me rends compte que je ne peux régler certains points sans développer plus. Et là, l’inspiration, l’instinct prend sa part. En ce qui me concerne, c’est donc un mélange des deux méthodes. Pour mon troisième roman, c’est ce qui est arrivé. 

Justement ! Ton troisième roman, Le Miroir de Peter, sort le 9 juin. Peux-tu nous en dire un peu plus à ce sujet ?
Oui, bien sûr. Imaginez qu’on fasse la psychanalyse de Stephen King... Et que ce qu’on découvre sur
la façon dont lui viennent ses idées ne corresponde pas du tout à ce que l’on croit... Ainsi, Satiajit, le personnage principal du Miroir, va se voir proposer la psychanalyse d’un des plus grands romanciers d’épouvante.
Ce roman va bien sûr faire la part belle au thème du miroir. Fidèle à ma manière d’aborder une thématique et à mon plaisir de faire découvrir ou redécouvrir un auteur, j’y évoquerai Lewis Carroll. On parlera aussi de cinéma, d’Hollywood, et du pouvoir des images. Ce roman sera plus court et plus dense, et je pense moins horrifique que les précédents. Je me suis davantage attaché aux personnages, cette fois. Il me semble être arrivé à un bon équilibre entre philosophie et roman à l’écriture fluide, à l’intrigue prenante. En tout cas, je l’espère.

Nous avons hâte de le lire ! As-tu déjà un autre projet d’écriture ?
Oui. Je fais des recherches et lis la documentation dont j’ai besoin. J’ai déjà une idée du type d’histoire que j’aimerais raconter. J’envisage de nouveaux objectifs et une évolution littéraire. J’ai envie de rédiger de manière toujours plus fluide en conservant la densité du propos, de creuser des scénarios et des personnages.

Vient la fin de cette interview avec une dernière question : quel était le dernier livre que tu as lu ? Nous le conseillerais-tu ?
Il y en a eu deux, en fait, mais ce ne sont pas des romans. Le dernier livre que j’ai lu est Total Recall, la biographie d’Arnold Schwarzenegger. Je la conseille, en effet, elle est très enrichissante. J’ai aussi lu dernièrement un bouquin de développement personnel de Robert T. Kiyosaki intitulé Père riche, père pauvre. Je le conseille vivement aussi.

Merci, Sébastien, d’avoir accepté cet échange très enrichissant. J’espère qu’on se verra très vite pour parler de ton prochain roman ! 
Avec plaisir. Merci, Estelle, d’avoir pris le temps de me lire et de songer à toutes ces questions.


Propos recueillis par Troglodyte onirique



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* Mark Z. Danielewski.

mercredi 29 avril 2015

Laissons la parole à...

Jonathan Bousmar

(illustrateur indépendant)


Né en 1981 à Bruxelles, Jonathan Bousmar a suivi des études à l’École de recherche graphique de Bruxelles (ERG). Il n’y a qu’à l’observer dessiner pour tuer le temps sur les salons, comme au Salon du livre de Paris sur le stand d’Alzabane (éditeur spécialisé en littérature pour la jeunesse), pour comprendre que cet illustrateur belge a de l’or dans les doigts, dans son crayon, sa plume et son pinceau !
Après s’être consacré pendant quelques années au métier d’illustrateur, Jonathan, aujourd’hui père de famille, continue d’inventer des personnages grotesques et loufoques tout en enseignant la technologie aux élèves de l’Institut de La Providence de Woluwe-Saint-Lambert à Bruxelles.


Comment te définirais-tu en trois dates clés ?
J’ai terminé mes études en 2007, après avoir obtenu ma licence d’art visuel à l’ERG ainsi que mon agrégation, c’est-à-dire, en Belgique, un certificat d’aptitude pédagogique pour devenir professeur de lycée. J’ai alors pu commencer divers projets personnels et professionnels.
En 2009, les éditions Alzabane m’ont proposé mon premier projet d’illustration pour un éditeur. Il s’agissait des Maîtres parleurs, de Jean-Sébastien Blanck. Ce fut le premier d’une longue série puisque j’ai illustré à ce jour cinq romans pour Alzabane : Chronique du bon roi Philibert (2009), Des étonnantes aventures de Renart et de son compère Ysengrin (2010), Le lion qui ne savait pas chasser (mais qui devint roi) (2011) et L’Histoire des admirables Don Quichotte et Sancho Pança (2014).
Et puis en 2012 est arrivé… mon fils, sonnant le glas de toutes mes ambitions artistiques. Pour le moment…

Quelle est ta vision du métier d’illustrateur ?
C’est un métier formidable. C’est passionnant de mettre en images ses idées, de laisser parler son imagination. Malheureusement, c’est un travail souvent solitaire.


Combien d’heures par semaine passes-tu à dessiner ?
Avant, je ne comptais pas mes heures. Pour un livre, je passais 10 à 12 heures par jour, 7 jours sur 7, à dessiner ou à me documenter. Et, ça, sur une période de 3 mois. À présent, je ne consacre plus au dessin qu’une demi-heure le soir.

Tu as illustré plusieurs romans des éditions Alzabane. Quelles sont tes autres collaborations ?
J’ai travaillé sur divers projets, très variés : j’ai réalisé des illustrations pour l’animation et des cartes postales, j’ai conçu des logos, des images publicitaires pour des enseignes d’entreprise… J’ai même créé des motifs de tapis pour la société Didden & C°.

Comment travailles-tu ? Le processus de création est-il le même d’un éditeur à un autre ?
Alzabane est le seul éditeur pour lequel je travaille, donc je ne sais pas vraiment comment fonctionnent les autres. Pour ma part, j’essaie de coller au plus près de l’idée de l’éditeur ou du commanditaire. Ensuite, j’apporte ma valeur ajoutée en laissant parler mon imagination.

Tes illustrations semblent lorgner du côté des œuvres des peintres flamands, tels Bruegel l’Ancien et Jérôme Bosch, et s’accommodent parfois d’une pointe de steampunk. Est-ce que tu approuverais cette filiation ?
Tout à fait. Je m’inspire également du street art, des jeux vidéo, ou encore des films d’horreur pour certains dessins. Je suis influencé par tout ce qui m’entoure… les gens que je rencontre, les paysages, mon environnement immédiat*… Pour les artistes, je suis en effet surtout influencé par les classiques : Pieter Bruegel, Jérôme Bosch, Gustave Doré, Honoré Daumier…


Quels sont tes projets d’illustration à venir ?
Les éditions Alzabane m’ont proposé deux autres projets : l’illustration d’une adaptation de Pinocchio et une collaboration sur un autre roman dont je ne connais pas encore le titre.

Y a-t-il un genre ou un support que tu aimerais illustrer et auquel tu n’as pas encore eu l’occasion de te consacrer ?
Les objets en 3D. J’aimerais voir mes personnages sous forme de maquette et créer des univers en diorama. Mais cela demande du temps et de la patience. J’ai la patience, mais pas le temps.


Propos recueillis par Troglodyte onirique

Pour en savoir plus sur le travail de Jonathan, n’hésitez pas à lui rendre visite sur son site internet : http://www.jonathanbousmar.be/

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* Lorsque j’ai rencontré Jonathan en dédicace sur le Salon du livre de Paris, au Parc des expositions de la Porte de Versailles, il était en train de dessiner de curieux personnages naviguant dans les airs. Je lui ai demandé d’où lui était venue l’idée. Et savez-vous ce qu’il m’a répondu ? Des toilettes ! Dans les toilettes du Salon, les murs étaient ornés de nuages et de personnages qui planent. Comme quoi, l’inspiration peut vraiment frapper partout…

dimanche 22 février 2015

Laissons la parole à...

Olivier Portejoie, des éditions Le Grimoire
(directeur de la collection « Mille Saisons »)



Comment définiriez-vous votre maison d’édition en trois dates clés ?
Voilà une idée intéressante ! Je ne pense pas que je puisse définir les éditions Le Grimoire en seulement trois dates clés. L’histoire du Grimoire est à l’image de ces châteaux qui se sont construits sur plusieurs siècles en fonction des besoins de leurs occupants. J’en possède quelques clés, qui mènent jusqu’à la pièce secrète où le Grimoire est conservé. C’est un voyage dans le temps et dans l’espace… Suivez-moi !

1992-1993

Un peu partout dans le royaume, les forces vives de la jeunesse se regroupent. Gueux, chevaliers, mages, voleurs et assassins se rencontrent autour du jeu et des littératures de l’imaginaire. Alors que certains dignitaires voient en ces loisirs la décadence annoncée de la civilisation, nos trublions revendiquent une société différente, où le jeu est le moteur de l’apprentissage et le plaisir d’être ensemble le ciment de cette société.
Ainsi naît la fédération Parallèles, qui regroupe au fil des années sept clubs de jeux de rôle (JDR) et de jeux de rôle grandeur nature (GN) du Grand Ouest, d’Orléans à Bordeaux, en passant par Poitiers, Cholet, La Rochelle… Au sein de Parallèles se trouvent votre serviteur et l’intrépide Sébastien Boudaud.
Sébastien vient de créer le fameux fanzine Le Grimoire. Quant à moi, j’ai créé la revue Sens Fiction peu de temps avant. Notre collaboration aurait pu se concrétiser à ce moment-là, mais nous nous consacrons alors, l’un et l’autre, à la fédération.

1994-2000

Diplômé d’une école supérieure d’informatique à Nantes, Sébastien développe et diversifie l’activité des éditions Le Grimoire. En effet, le fanzine dédié jusqu’ici à Warhammer est devenu une véritable maison d’édition et ouvre son site internet dès 1995, site qui deviendra www.legrimoire.net en 1998. Le Grimoire publie des titres de JDR et des suppléments (qui feront sa réputation d’éditeur remarquable) comme Le Manuel des Joueurs et Arcanes Magiques pour Warhammer, Le Mootland, Sartosa, la cité des pirates (qui réunit plus de trente auteurs !) ou encore Le Grimoire du Chaos illustré par de grands artistes et des fans de l’univers Warhammer… Les éditions Le Grimoire sont alors présentes dans une centaine de points de vente.
Pour ma part, après avoir séjourné dans un célèbre squat toulousain (celui qui a vu se former le groupe Zebda), j’expose mes tableaux à l’atelier Art et Création, à Surgères. Mais ma rencontre avec la célèbre peintre Véronique Adrien scellera à jamais mes ambitions. Jean Rouch, l’ethnologue et réalisateur, m’incite ensuite à monter à Paris après avoir vu, lors d’un festival qu’il préside, le court-métrage, L’Ô de là, que j’ai conçu et réalisé à Angers. Après un court passage à l’école des Ponts et Chaussées lors d’une consultation pour le musée des Travaux publics, je suis les cours d’anthropologie visuelle qu’Annie Comolli donne à l’École pratique des hautes études (EPHE), et ceux de Jean Rouch au musée de l’Homme.

2001-2011

Chacun de son côté, Sébastien et moi avons gagné Paris, sans savoir que nos chemins se recroiseraient bien des années plus tard.
Fan de jeux de plateau, Sébastien se souvient de parties captivantes d’Axis & Allies et de Civilization. Pendant plusieurs années, il joue également à des jeux vidéo et organise des LAN (parties où les joueurs jouent ensemble en réseau local, par exemple dans la même pièce). Au programme : Duke Nukem, Doom, World of Warcraft, StarCraft… Les « Livres dont vous êtes le héros » : Loup Solitaire rejoignent donc tout naturellement le catalogue du Grimoire en 2006 qui s’oriente vers la publication de jeux de rôle sous licence, à l’instar du Loup Solitaire (www.loup-solitaire.fr), mais aussi vers la création de jeux de rôle originaux tels que Manga BoyZ (www.manga-boyz.com).
En 2008, Le Grimoire passe un accord avec Makassar diffusion pour être représenté dans près de 2 000 librairies spécialisées en France, en Suisse et en Belgique. Par cette action, l’objectif que poursuit Sébastien est de démocratiser le jeu de rôle via des univers davantage tournés vers le grand public et connus de lui.

2012-2013

Le chemin de Sébastien rejoint finalement le mien en 2012. En effet, après bien des années, Sébastien et moi nous retrouvons par hasard sur un salon à Issy-les-Moulineaux. Nous découvrons alors que nous avons tous les deux gardé la passion de nos débuts.
C’est un véritable déclic. Nous décidons de nous lancer ensemble dans un projet d’édition plus vaste. Le rachat des éditions Mille Saisons en 2013 nous fédère sur un projet de création et de développement artistique commun, Mille Saisons devenant une collection de romans fantastiques et de fantasy du Grimoire.
Les projets fleurissent… la maison d’édition devient ainsi un château d’édition.

Parlez-nous un peu de votre production éditoriale.
J’ai toujours voulu dresser un pont entre les deux fleuves de l’imaginaire. Les productions du JDR et celles des littératures de l’imaginaire sont parallèles : elles suivent des cours similaires mais se rencontrent rarement. C’était d’ailleurs l’un des buts de ma revue, Sens Fiction, que de permettre les échanges entre les deux communautés, la communauté des rôlistes et celle des lecteurs d’imaginaire. Grâce à leur production de livres de jeux de rôle et à la collection « Mille Saisons », les éditions Le Grimoire permettent aujourd’hui à ces communautés de se rencontrer autour de la lecture et du jeu.
Des économistes pourraient vous expliquer tout cela en utilisant les termes de « marché », de « niche culturelle », ou autres. La vérité est plus simple et plus pragmatique : nous désirons faire vivre la culture de l’imaginaire.
Nous voulons construire d’autres ponts, d’autres routes ; explorer les fleuves de l’imaginaire, maintenant réunis, et partager le fruit de nos découvertes avec ceux qui, comme nous, ont besoin de bâtir leurs rêves.
Nous avons encore de nombreux projets en tête, mais nous sommes fiers du chemin parcouru. À présent, les romans « Mille Saisons » bénéficient des avantages d’une diffusion élargie (ils sont présents dans plus de 4 000 librairies), grâce à un accord commercial avec le CED et Daudin distribution. Des artistes reconnus illustrent les couvertures de nos romans comme Adrian Smith, qui a notamment collaboré avec Games Workshop et Black Library. Sébastien et moi apportons enfin un soin particulier à la mise en pages des textes, à la qualité des papiers utilisés et à la reliure des ouvrages, pour offrir à nos lecteurs des livres agréables à toucher et à regarder.

Vous avez récemment créé le prix Mille Saisons, dont la première édition se déroule en ce moment. Pouvez-vous nous présenter ce nouveau projet ?
Reprendre une maison d’édition ne consiste pas simplement à reprendre son catalogue. Par l’intégration de « Mille Saisons » à leur structure, les éditions Le Grimoire ont mis en place une nouvelle ligne éditoriale, dont le prix Mille Saisons est la clé de voûte.
Le comité du prix a sélectionné une vingtaine de nouvelles qui seront publiées dans l’anthologie La Cour des miracles. Les lecteurs de cette anthologie pourront ensuite voter sur Internet pour la nouvelle de leur choix, grâce à un code-clé à usage unique qui sera présent dans chaque exemplaire de La Cour des miracles. La nouvelle qui recueillera le plus de votes obtiendra le prix Mille Saisons. Son auteur recevra la somme de 500 euros et les éditions Le Grimoire s’engageront, par un contrat d’auteur à compte d’éditeur, à collaborer avec lui sur l’écriture d’un roman. Au niveau créatif, l’heureux auteur sera bien sûr totalement libre. La seule condition qu’on lui imposera est de faire se dérouler son intrigue dans l’univers de la nouvelle primée.
Parallèlement, les lecteurs pourront aussi voter pour l’illustrateur du roman. Des élèves de l’école d’enseignement supérieur Jean-Trubert (établissement formant les dessinateurs aux métiers de l’image) ont réalisé des illustrations pour chaque nouvelle qui feront également l’objet d’un vote.

Il s’agit donc d’un prix littéraire interactif ?
En effet. Notre objectif est que le lecteur participe au processus créatif, qu’il ait un rôle de décideur en choisissant les futures publications de la collection. Nombreux sont ceux de ma génération qui ont découvert le jeu de rôle ou les littératures de l’imaginaire par le biais des « Livres dont vous êtes le héros ». Notre maison d’édition s’inscrit dans la même perspective que ces romans. Le prix Mille Saisons a été conçu pour donner au lecteur le pouvoir de décider, de s’engager avec nous à travers la collection.
Pour nous aussi, le héros, c’est le lecteur !

Qui compose le comité de lecture du prix Mille Saisons ?
Notre comité de lecture est composé de lecteurs, de libraires, d’imprimeurs, de journalistes et de professionnels de la communication. Vous pouvez d’ailleurs les découvrir et suivre chaque phase de déroulement du prix sur notre site www.millesaisons.fr.

L’appel à textes s’est clôturé pendant la 3e édition du Salon fantastique (Paris), le 31 octobre 2014. Où en êtes-vous de ce projet ? Quand l’anthologie doit-elle paraître ?
La composition du recueil La Cour des miracles a été dévoilée sur notre site internet en janvier 2015. L’anthologie est en cours de mise en pages et paraîtra à l’occasion du Salon du livre de Paris qui aura lieu du 20 au 23 mars 2015.
Nous publierons également à cette période L’Archipel des Nuées, un premier roman d’Éric Nieudan.

Propos recueillis par Troglodyte onirique