Bienvenue sur ces rivages oniriques !

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Rivages oniriques est un blog consacré aux cultures de l’Imaginaire (fantasy, fantastique, science-fiction) et aux cultures de genre (historique, thriller, épouvante…).

Vous y trouverez donc de nombreuses chroniques littéraires, mais aussi des critiques de films, de séries télévisées, d’expositions… et bien d’autres choses encore, toutes liées, de près ou de loin, à ces genres qui nous font rêver, vibrer, cauchemarder, et nous aventurer loin du territoire familier de notre quotidien.

Nous espérons que vous serez nombreux à nous rendre visite.

Et, surtout, n’hésitez pas à laisser une trace de votre passage, à donner vous-mêmes vos avis ou vos conseils de lecture, de visionnage, d’écoute ou d’incursion…

Très bonne visite !

lundi 6 juin 2016

Laissons la parole à…


Sébastien Péguin, alias John Ethan Py


(écrivain)


Comment te définirais-tu en trois dates clés ?
En 1990 (je crois), milieu d’année, j’ai aux alentours de 13 ans et je suis en 4e. Je ne suis pas un grand lecteur, voire pas lecteur du tout. La lecture m’ennuie vite, alors je ne lis que des BD. Pourtant, en furetant du côté des romans fantastiques dans ma bibliothèque municipale, je tombe sur Simetierre de Stephen King, dont la couverture m’attire. La 4e de couverture me convainc d’emporter le livre et de me plonger dedans. Là, c’est un choc existentiel. Une révélation. La dernière page tournée, un impératif clignote dans ma tête : devenir romancier, écrire des bouquins comme celui-là. Je suis donc passé de « zéro livre lu » à « je veux devenir romancier », et tout d’un coup je me suis donné comme ambition de rattraper des années de retard de lecture. C’est à cette même période que j’ai commencé à écrire des nouvelles.
Aux environs de 2004, je rédige mon premier roman « officiel ». C’est-à-dire une histoire structurée, longue de 400 pages, et un projet abouti à 100 %. J’ai fait d’autres tentatives avant, mais là je pousse l’expérience jusqu’à le faire imprimer, et à créer la couverture moi-même. J’ai déjà achevé deux romans, mais rien de vraiment publiable. Celui-là je l’ai écrit alors que je lisais Harry Potter et l’Ordre du phénix. J’ai lâché ce tome à la moitié et je me suis dit : « Il faut que je fasse quelque chose. » L’histoire de J. K. Rowling n’avait plus de sens pour moi. Que les fans me pardonnent, mais je trouvais le texte trop long et répétitif, trop axé sur la frustration. Cela m’a fait décrocher, car je ne voyais pas où voulait en venir l’auteure. J’ai donc écrit ma propre version d’Harry Potter. Une sorte de huitième tome. Son titre : Harry Potter et le sortilège de D. Fairy.
Enfin, en 2008, je découvre Le Roi des aulnes de Michel Tournier, tandis que j’écris Le Songe d’Adam, mon premier roman publié aux éditions HSN. Ce classique me montre que l’on peut faire une histoire fantastique en même temps que philosophique, et il a une influence très forte sur mon texte.

Es-tu auteur à plein temps ?
Si la question implique que je n’aie aucune autre activité (plus lucrative, par exemple) en plus de mon métier de romancier, la réponse est « non ». Mais si la question consiste à demander si j’écris tout le temps, alors la réponse est « oui ». Pour l’instant, l’écriture ne me permet pas de m’assurer une vie matériellement confortable. Si, enfin, « à plein temps » doit impliquer que j’écrive toute la journée, la réponse est encore « non ». Je suis auteur à plein temps quand je décide de me consacrer à cette activité, de même que je suis enseignant à plein temps quand je suis au collège.

Pratiques-tu d’autres activités artistiques qui te permettent de t’exprimer ?
Oui. J’ai fait des études d’art et je continue de peindre. Je pratique aussi la guitare et le chant. Il m’arrive enfin de réaliser de courts métrages, à partir d’images (photos, morceaux de films…). Je lie souvent le tout avec une histoire que j’invente, un texte donc, que j’enregistre ou que je place en surimpression sur les images. Enfin, parfois, j’ajoute au métrage une bande sonore.

On n’écrit pas un roman comme on peint un tableau… Quelles sont les différences d’expression que tu éprouves en fonction des différents médias que tu utilises ? Y a-t-il des choses que tu peux dire dans un roman ou un court-métrage que tu ne peux pas exprimer par la peinture ou vice versa ?
Il faut adapter sa manière de penser, voire de ressentir, au média. En peinture, je vais me concentrer sur les harmonies colorées, les jeux de rythme d’images. Faire un travail sur la perspective, le « près » et le « loin », et évoquer des thèmes via des associations d’images ou de mots, selon ce que je représente. Je dirais donc que ma pensée s’adapte à ce que je peins, et c’est mon œil qui va tout régler. Pour ce qui est de la vidéo, mon approche va dépendre d’une trame narrative, mais il y aura tout un aspect spécifique entre le son et l’image qui permettra de produire des effets précis, de susciter des émotions, du rire… J’aime surtout travailler sur l’aspect émotionnel quand je peins ou réalise une vidéo. Pareil en musique.
L’écrit quant à lui répond davantage à une part de l’esprit rationnelle, conceptuelle, car un texte naît d’images mentales et en crée à son tour. De fait, certaines idées exigent d’être exprimées dans le temps, et parfois à haute voix pour que les mots libèrent tout leur impact. L’écrit, art du temps, permet aussi de créer une évolution bien plus subtile, car longue de 300 pages et non plus de 10 minutes de vidéo ou de musique. Certains effets visuels et sonores sont en revanche quasi impossibles à rendre dans un texte. C’est pourtant l’une des questions que je me pose souvent, « comment je peux rendre tel effet purement visuel ou sonore de manière textuelle », et à laquelle je tente de répondre lorsque j’écris.

Que retrouves-tu dans l’écriture que tu ne trouves pas dans les autres médias ?
La capacité de raconter une histoire forte, dans laquelle on peut s’immerger et plus facilement créer des liens entre différentes mythologies ou idées. Le fracas de certains mots, aussi, va susciter des images mentales quasi impossibles à reproduire par l’image. La plupart des romans ont aussi cela de spécifique qu’ils mettent en scène des êtres humains. Donc on s’y projette toujours un peu, soi, en tant que personne. Il est difficile de rendre un texte (un roman, en tout cas) aussi abstrait qu’une peinture...

Comment trouves-tu le temps d’écrire, avec toutes ces activités créatives ?
Je ne le trouve pas, je me le crée. J’ai une conception du temps et de l’organisation qui me permet de faire tout ce que je souhaite, si je décide de le faire. Je ne dis presque jamais que je n’ai pas eu le temps. Le temps, je l’ai. C’est juste que je ne l’ai pas pris, et que je l’ai utilisé pour faire autre chose qui me paraissait plus important. J’aurais beaucoup de choses à partager sur ce sujet et sur l’art de gérer son temps, de se le créer. Mais, là, la conversation deviendrait très sérieuse... 

Comment l’idée de ChessTomb t’est-elle venue ?
Elle m’est venue des intuitions et de l’envie de créer à partir d’œuvres littéraires et cinématographiques qui ont laissé leur empreinte sur moi. Alors que j’étais ado, vers 13 ans, j’ai vu le film Re-Animator de Stuart Gordon en cachette de ma mère, qui n’aimait pas ce genre de films. On s’est fait le visionnage chez un pote, une après-midi... Ça marque. C’était un de mes premiers films d’horreur. Un choc. L’histoire qui m’unit à Re-Animator est très personnelle. Alors que j’étais à la campagne avec un ami dont le frère, plus âgé, l’avait vu, il m’a été raconté en entier. Rien que le récit du film m’avait marqué. Puis je l’ai vu quelques années après. Le thème de la résurrection m’a toujours fasciné. J’ai fait mon mémoire d’Esthétique sur cette problématique. La question que je me suis posée était : « Quel lien il pourrait y avoir entre Lovecraft, Re-Animator, et Descartes ? » Apparemment, aucun. Et pourtant... Le lien existe. Je le développe dans ChessTomb. Pour bâtir le reste du roman, je me suis inspiré d’autres thèmes, j’ai eu d’autres intuitions qui se sont rattachées à ce mystérieux lien. J’ai également été poussé par l’envie de parler de la création littéraire. Enfin, la lecture de Drood, de Dan Simmons, m’a orienté vers la forme actuelle de ChessTomb, vers cette patine que j’ai cherché à donner aux témoignages de mes personnages vivant dans les années 20.

ChessTomb est un hommage vibrant à H. P. Lovecraft. J’ai également cru reconnaître, dans la violence et la crudité de certains passages, l’influence de Graham Masterton que tu cites d’ailleurs dans tes références. Quels sont d’après toi les écrivains qui t’ont inspiré dans l’écriture de ce roman ?
Tu as vu juste. Graham Masterton est l’un de ceux qui m’ont le plus inspiré pour les parties horrifiques. Et, comme je le disais juste avant, Drood de Dan Simmons m’a beaucoup marqué. Curieusement aussi, De sang-froid de Truman Capote, dont j’ai apprécié, au début, la manière très distanciée de décrire un fait divers réel. Mon éditeur m’a également suggéré de lire La Maison des feuilles de ce type au nom imprononçable*... La façon dont il décrit certaines scènes m’a aussi influencé. Enfin, je me suis bien sûr inspiré du roman épistolaire, essentiellement du Dracula de Bram Stoker. Mes lecteurs ont pu faire le lien avec d’autres références, mais je ne les ai découvertes qu’après la parution de ChessTomb.

T’arrive-t-il de lire d’autres auteurs d’horreur français ?
Non, je ne lis pas d’autres auteurs d’horreur français. Je connais Sire Cédric de nom et pour l’avoir croisé sur des salons, avoir discuté avec lui, mais je n’ai pas pris le temps de le lire encore. Ni Morgane Caussarieu, ni Maxime Chattam. Mais c’est en prévision, j’ai du retard à rattraper…

L’intrigue de ChessTomb est assez complexe. Elle fait des tours et des détours pour, à terme, former un tout cohérent. Il ne doit pas être facile de ne pas s’emmêler les pinceaux quand on écrit ce genre de textes. Fais-tu partie de ces auteurs qui se construisent un plan très détaillé ou préfères-tu écrire au fil de l’eau ?
Cette remarque est intéressante car elle met précisément le doigt sur les artifices que l’on peut créer par l’écrit, notamment en remplaçant le classique chapitre 1... par un autre titre, par exemple : « fragment de document n° x »... L’intrigue de ChessTomb est en réalité très linéaire. On suit un personnage dans une partie, un autre personnage dans une autre. Les événements s’enchaînent en fonction des informations que l’on doit avoir pour comprendre l’histoire. Je n’ai pas trouvé difficile de bâtir le plan de ChessTomb. Il y a eu du travail, oui, mais pas aussi complexe qu’il n’y paraît. Ce ne sont que des artifices qui piègent le lecteur. Et ça, piéger le lecteur, j’adore ! et ça marche, apparemment...
Quant à la question « est-ce que j’utilise un plan ou est-ce que j’écris à l’instinct », la réponse est : « j’apprends ». J’expérimente de nouvelles approches. En fonction du temps que je veux passer à écrire un texte, des nouveaux objectifs littéraires que je me suis fixé. J’évolue vers une écriture à plan détaillé qui me fait gagner du temps. Puis, quand je passe à l’acte et que les personnages commencent à exister dans ma tête, que je les entends parler, penser, je me rends compte que je ne peux régler certains points sans développer plus. Et là, l’inspiration, l’instinct prend sa part. En ce qui me concerne, c’est donc un mélange des deux méthodes. Pour mon troisième roman, c’est ce qui est arrivé. 

Justement ! Ton troisième roman, Le Miroir de Peter, sort le 9 juin. Peux-tu nous en dire un peu plus à ce sujet ?
Oui, bien sûr. Imaginez qu’on fasse la psychanalyse de Stephen King... Et que ce qu’on découvre sur
la façon dont lui viennent ses idées ne corresponde pas du tout à ce que l’on croit... Ainsi, Satiajit, le personnage principal du Miroir, va se voir proposer la psychanalyse d’un des plus grands romanciers d’épouvante.
Ce roman va bien sûr faire la part belle au thème du miroir. Fidèle à ma manière d’aborder une thématique et à mon plaisir de faire découvrir ou redécouvrir un auteur, j’y évoquerai Lewis Carroll. On parlera aussi de cinéma, d’Hollywood, et du pouvoir des images. Ce roman sera plus court et plus dense, et je pense moins horrifique que les précédents. Je me suis davantage attaché aux personnages, cette fois. Il me semble être arrivé à un bon équilibre entre philosophie et roman à l’écriture fluide, à l’intrigue prenante. En tout cas, je l’espère.

Nous avons hâte de le lire ! As-tu déjà un autre projet d’écriture ?
Oui. Je fais des recherches et lis la documentation dont j’ai besoin. J’ai déjà une idée du type d’histoire que j’aimerais raconter. J’envisage de nouveaux objectifs et une évolution littéraire. J’ai envie de rédiger de manière toujours plus fluide en conservant la densité du propos, de creuser des scénarios et des personnages.

Vient la fin de cette interview avec une dernière question : quel était le dernier livre que tu as lu ? Nous le conseillerais-tu ?
Il y en a eu deux, en fait, mais ce ne sont pas des romans. Le dernier livre que j’ai lu est Total Recall, la biographie d’Arnold Schwarzenegger. Je la conseille, en effet, elle est très enrichissante. J’ai aussi lu dernièrement un bouquin de développement personnel de Robert T. Kiyosaki intitulé Père riche, père pauvre. Je le conseille vivement aussi.

Merci, Sébastien, d’avoir accepté cet échange très enrichissant. J’espère qu’on se verra très vite pour parler de ton prochain roman ! 
Avec plaisir. Merci, Estelle, d’avoir pris le temps de me lire et de songer à toutes ces questions.


Propos recueillis par Troglodyte onirique



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* Mark Z. Danielewski.

mercredi 11 mai 2016

ChessTomb 

de John Ethan Py (éditions de l’Homme sans nom)


Résumé :
2001, Chesstomb, Massachusetts. Une famille entière est massacrée dans des circonstances étranges. Un homme, Shelby Williams, journaliste d’investigation renommé, est dépêché sur les lieux pour retracer les événements. Mais la ville de Chesstomb n’est paisible qu’en apparence. Plus le chroniqueur s’entête à gratter la surface, plus il déterre de sombres secrets qui n’auraient jamais dû être révélés…


Critique (attention, spoilers) :
Quel rapport entre René Descartes, le philosophe français, et H. P. Lovecraft, l’auteur américain célèbre pour ses récits d’horreur et notamment son mythe de Cthulhu ? Ne cherchez pas plus loin la réponse, elle se trouve dans ChessTomb, le deuxième roman de Sébastien Péguin, alias John Ethan Py.
Ce dernier signe avec ce titre un roman à tiroirs immersif qui plonge ses racines dans le passé sanglant de la fictive ville de Chesstomb. Si la richesse de l’histoire nous perd un peu parfois, à la fin du livre, toutes les pièces du puzzle s’imbriquent parfaitement les unes dans les autres et l’on comprend mieux les tenants et les aboutissants de l’affaire.
Roman à tiroirs donc, mais également roman à plusieurs voix, qui se compose de différents témoignages archivés : extraits de journaux intimes, de correspondances, d’articles de presse, de retranscriptions écrites d’interviews filmées, etc.
Le livre entier, qui se présente non comme un véritable roman mais comme une mise en forme structurée de documents « authentiques » disparates reliés à la même affaire sordide, offre une mise en abyme littéraire étourdissante qui mêle étroitement les fils de la réalité et de la fiction au point qu’il devient difficile de distinguer le vrai du faux. Mais, si vous avez lu le premier roman de Sébastien Péguin, Le Songe d’Adam, vous savez que c’est là sa marque de fabrique…
John Ethan Py, Salon fantastique, 1er novembre 2014
(© Sébastien Péguin)
Les multiples références (un peu trop explicites, parfois) aux grands auteurs d’épouvante anglo-saxons démontrent que l’écrivain cherche à s’insérer dans la lignée des maîtres du genre. Certes, Sébastien Péguin revisite avec beaucoup d’originalité les thèmes explorés par ses aînés (Le Songe d’Adam rendait, entre autres, hommage à Simetierre, de Stephen King, tandis que ChessTomb est une révérence marquée à H. P. Lovecraft et à son Herbert West, réanimateur), mais on espère qu’il s’affranchira par la suite de ces modèles pour laisser son imaginaire – bien vivace, cela ne fait aucun doute – sortir de l’ombre des grandes figures de la peur.
Pour autant, face à un Sire Cédric qui réutilise les mêmes ficelles de livre en livre et qui semble de moins en moins inspiré, Sébastien Péguin, alias John Ethan Py, apporte une bouffée d’air frais au genre… enfin, un air frais un peu vicié, comme savent le produire les bons épouvanteurs
Alors, Sébastien Péguin, le nouveau masque de l’horreur français ?

lundi 11 avril 2016

Le Diable en gris 

de Graham Masterton (éditions Bragelonne)


Résumé :
Alors que Jerry Maitland pose du papier peint dans la future chambre de bébé, une lame invisible le blesse profondément. Alison, sa conjointe enceinte jusqu’aux yeux, lui donne les premiers secours et appelle une ambulance. Mais quand les secouristes arrivent, la jeune femme a littéralement perdu la tête… et c’est un homme à moitié fou tentant de recoller le chef de son épouse qu’ils découvrent plongé dans un bain de sang.
Les soupçons de la police se tournent automatiquement vers Jerry. Pourtant, l’assassin n’a laissé aucun indice exploitable, et le suspect nie toutes les accusations à son encontre. Sa version des faits est incroyable… mais l’incroyable est parfois l’explication la plus vraisemblable.


Critique (attention, spoilers) :
Âmes sensibles, s’abstenir ! Dans Le Diable en gris, le rideau se lève sur un carnage, et le premier chapitre annonce tout de suite la couleur dominante du roman (le rouge sang, pour être précis…).
Par de nombreux côtés, ce roman fait penser à Sac d’os, de Stephen King. On y retrouve menant l’enquête un homme meurtri assisté par son épouse défunte qui cherche à le protéger depuis l’Autre Monde. On y retrouve aussi la belle femme Noire, charismatique et érotique, mais dangereuse et perfide comme le poison, aux pouvoirs surnaturels démesurés issus d’une magie ancestrale. Et enfin, piquée dans la trame, une remémoration du passé opposant Blancs et Noirs dans une lutte fratricide.
La comparaison peut s’arrêter là, cependant, car là où Sac d’os penche très nettement vers le drame, Le Diable en gris garde un ton résolument léger.
Graham Masterton n’a pas la classe de Stephen King, qui sait si bien mêler divertissement et réflexion sur la nature humaine et la société américaine, ou encore sur les rouages du monde de l’édition et de l’écrivain. Néanmoins, il livre ici une histoire qui devient de plus en plus prenante au fil des pages.
Le Diable en gris nous plonge dans la mythologie afro-américaine et dans les arcanes de la santeria. Moins connue en France que le vaudou, la santeria est une religion païenne fusionnant différentes croyances africaines et qui s’est développée sur le Nouveau Continent avec l’arrivée des esclaves. Ces derniers, ayant pour interdiction de s’adonner à leurs croyances ancestrales, ont continué d’adorer leurs dieux en leur prêtant des noms de saints chrétiens et en calant leurs rituels sur les dates des fêtes catholiques, d’où le nom de santeria, mot signifiant « sainteté » en espagnol.
Mais Le Diable en gris a aussi pour mérite d’évoquer la guerre de Sécession. L’histoire se déroulant de nos jours dans l’État de Virginie, à Richmond, ancienne capitale des Confédérés, elle retrace tout particulièrement le point de vue des sudistes, ce qui change de l’éclairage traditionnel des nordistes, les gentils consacrés par l’histoire. Est-ce parce que Graham Masterton est écossais et non américain qu’il peut se permettre un tel recul ? C’est en tout cas rafraîchissant de ne pas sombrer dans le parti pris des grands vainqueurs de la guerre de Sécession, même si l’auteur ne remet pas en cause le bienfondé de l’abolition de l’esclavage.
En bref, Le Diable en gris est un roman bien ficelé (malgré quelques ficelles un tantinet trop grosses) et bien documenté, mêlant agréablement magie ancestrale et histoire sanglante d’une nation. Si vous aimez le surnaturel, que vous avez le cœur bien accroché et que les scènes de sexe crues ne vous font pas peur, foncez. Si la vue du sang vous fait tourner de l’œil, prenez un autre livre. Graham Masterton a juré de vous soulever le cœur, et vous n’aimeriez certainement pas salir votre fauteuil préféré…

mercredi 10 février 2016

L’Archipel des Numinées

trilogie regroupant les tomes Arachnae, Cytheriae et Matricia

de Charlotte Bousquet (éditions Mnémos)


Résumé :
Arachnae, Cytheriae, Matricia… trois principautés de l’Archipel des Numinées, où le faste côtoie le sordide, où la beauté et l’innocence sont jetées en pâture au vice et à la débauche. Trois cités-États placées sous le joug de la Triple Déesse et en proie à un mal qui se répand, pernicieux : Kebahil. Plus ancien que les créatures monstrueuses qui sillonnent l’Archipel. Plus puissant que les Moires, ces incarnations terrestres de la Triple Déesse. Plus noir que les plus sombres secrets des hommes.
Se jouant aussi bien des humains que des démons ordinaires, Kebahil tire les ficelles de ceux qu’il corrompt, tristes marionnettes au service de son terrible dessein : détruire l’Archipel, asservir l’humanité, renverser celle qui, dans tous les Numinées, tisse la trame du Destin…
Une lutte sans merci s’engage, dont l’issue est incertaine. Dans cette guerre contre le Mal, chaque victoire est accompagnée d’un prix… mais celui de la défaite serait encore plus élevé.



Critique (attention, spoilers) :
En écrivant L’Archipel des Numinées, Charlotte Bousquet n’en était pas à son coup d’essai. Mais cette trilogie aux tomes indépendants est la pièce maîtresse qui l’a fait connaître du grand public. Cytheriae, le deuxième tome de cette saga, a d’ailleurs reçu deux prix : le prix Elbakin 2010 (meilleur roman français) et le prix Imaginales 2011 (meilleur roman francophone).
L’Archipel des Numinées se caractérise par un savant mélange de fantasy, d’horreur et de polar qui donne naissance à une œuvre de dark fantasy à l’univers empli de ténèbres incroyablement riche et dense.
Charlotte Bousquet fait sans vergogne de nombreux emprunts aux contes folkloriques, aux classiques de la littérature, à l’histoire (son archipel est le jumeau des cités-États de la Renaissance italienne et fait souvent écho à une Antiquité proche de la nôtre), aux mythes et à la mythologie. On reconnaîtra : Blanche-Neige, La Belle et la Bête, Le Tartuffe de Molière, le Dr. Frankenstein, le minotaure,… et beaucoup d’autres encore ! Cette pluralité des hommages, des références et des clins d’œil forme un tout cohérent, unique et novateur. Le récit est d’ailleurs lui-même entrecoupé d’extraits de documents officiels (pièces de théâtre, articles de presse, extraits de romans, sonnets, recueils de poésie...), souvent influencés par des œuvres réelles, qui donnent une vraie profondeur à l’histoire et créent une mise en abyme littéraire.
La narration est rarement linéaire, car elle multiplie les points de vue. Charlotte Bousquet ne raconte pas l’histoire d’un personnage, elle tire les fils de dizaines d’existences qui s’entrecroisent. L’auteure prend le pouls de toute une ville, d’un chapelet d’îles, d’un organisme vivant composé d’autant d’organes et de cellules qu’il comprend d’habitants. Dans cet univers, les protagonistes ne sont pas seulement rois et guerriers, ils sont aussi courtisane, prostituée, écrivain public, journaliste, nécromancien, commis… les personnages secondaires sont difficiles à distinguer des principaux tant ils sont léchés. Chacun a son rôle dans la trame de la destinée, chacun s’insère dans le passé, le présent et l’avenir des différentes cités où se déroule l’action.
La quête de la liberté et la question du libre arbitre sont omniprésentes. Des bas-fonds aux palais, les enjeux politiques se mêlent aux intérêts personnels. La rouerie, la mesquinerie, la traîtrise s’opposent à la vertu, la bonté, la justice. Le mal y est souvent réfléchi, conscient, cultivé, banal et quotidien, mais il est aussi instrumentalisé, manipulé par celui qui représente le Mal à l’état pur : Kebahil. Le bestiaire de L’Archipel des Numinées n’est d’ailleurs pas celui, classique, de la fantasy. Orques, trolls et fées ont laissé la place aux monstres de la littérature gothique et fantastique : stryges, lamias, démons, créatures hybrides… ce peuple macabre et délétère vit en marge de la société, dévore parfois un être humain, un innocent, mais ce n’est qu’une goutte d’eau dans la mer. Hommes et femmes, qui se drapent dans leur humanité, sont souvent bien plus répugnants, plus démoniaques envers leur propre espèce.
Heureusement, à coté des amours trop souvent malheureuses ou à la fin tragique, quelques véritables liens de tendresse et d’amitié se créent, non éphémères, ceux-ci, dénotant un certain optimisme en dépit du cynisme des intrigues. Les espérances ne sont pas toujours déçues, la vertu, même souillée, n’est pas toujours anéantie sous la détresse, la peur ou la folie. Le sexe est trop souvent corrompu, dévoyé, ou il sert à manœuvrer, mais il peut aussi être tendre et désintéressé, considéré comme une planche de salut. La violence et le crime ne sont pas toujours ce qu’il reste à la fin, même s’ils ne seront jamais complètement étouffés.
Si la fantasy nous endort parfois par son ronron, certes agréable, mais un peu trop confortable, L’Archipel des Numinées nous réveille par son originalité, son souci du détail, son style exigeant, sa plume vive et élégante, ses intrigues complexes aux ressorts multiples, ses décors luxueux et croupissants… et surtout sa palette de personnages tourmentés, ambigus, tour à tour pitoyables, grotesques, émouvants ou terrifiants.
D’une certaine manière, Arachnae, Cytheriae et Matricia sont les trois visages de la Triple Déesse. Ils sont en tout cas les panneaux d’un triptyque haut en couleur et en émotion, unis par un fil conducteur commun et une réflexion sur le destin, le libre arbitre, et la manière de concilier les deux pour élaborer ce qu’on appelle simplement la liberté.
Plongez sans réserve dans cet univers âpre et auréolé de mystère, dans ce voyage au cœur de la noirceur humaine. Méfiez-vous cependant : vous ne remonterez peut-être jamais à la surface. Vous ne serez peut-être plus jamais le même…

Note :
Ne vous laissez pas duper par le parti pris éditorial de Mnémos de ne pas numéroter les tomes. Certes, les trois peuvent se lire indépendamment, et donc dans le désordre. Mais ils suivent quand même une certaine logique chronologique, et il serait dommage de ne pas la respecter si vous comptez lire l’ensemble (ce que je ne vous conseillerai jamais assez).
Voici cet ordre chronologique, qui suit d’ailleurs l’ordre de parution :
- Arachnae
- Cytheriae
- Matricia
Quelques éléments, insérés à la fin des romans de poche Cytheriae et Matricia, font référence à des personnages des opus précédents, mais à des périodes antérieures aux récits principaux. Je pense que ce sont des ajouts ultérieurs de Mnémos, Charlotte Bousquet écrivant régulièrement des nouvelles dans l’univers de L’Archipel des Numinées qu’elle publie directement sur Internet ou au gré d’anthologies. En dépit de leur qualité intrinsèque, j’ai trouvé la présence de ces nouvelles, dans ces romans, assez discutable, car il leur manque une transition, apparaissant ainsi comme de simples chapitres qui tombent comme un cheveu sur la soupe. Il faut probablement les voir comme un bonus de la version poche, même si elles seraient mieux mises en valeur dans un recueil entier regroupant toutes les nouvelles de L’Archipel des Numinées


samedi 2 janvier 2016

Star Wars
... ou quand la science-fiction et la fantasy se rencontrent et donnent naissance au
space opera

        Le 16 décembre 2015 sortait en France le très attendu Star Wars VII : Le Réveil de la Force. Plutôt que d’ajouter à la polémique lancée par George Lucas qui s’est dit déçu par ce nouvel opus, profitons-en pour nous interroger sur le genre et le sous-genre auxquels appartient la saga la plus populaire des temps modernes…
        Nous avons vu, dans notre article De la fantasy, du fantastique et du merveilleux, les particularités de ces trois genres, même si leurs frontières sont souvent floues ou poreuses (facilitant l’enchevêtrement des genres… et leur confusion). À présent, nous allons comparer la fantasy à un autre genre appartenant aux littératures de l’imaginaire : la science-fiction. À première vue, la distinction est aisée : l’une observe volontiers le passé tandis que l’autre est résolument tournée vers l’avenir.
        Bien sûr, on connaît le cas de la science-fantasy, dont Anne McCaffrey, avec son Cycle de Pern, est perçue comme l’un des chefs de file. La science-fantasy mélange des éléments de science-fiction (souvent une technologie très avancée ainsi qu’un cadre d’action se déroulant dans l’espace), et des éléments de fantasy (un système magique, ne reposant pas sur des bases scientifiques, ou un bestiaire relevant clairement de la fantasy, comme les dragons).
        Mais nous allons plutôt nous intéresser à un autre sous-genre de la S-F, le space opera, dont le représentant le plus connu est la saga Star Wars, bien que d’autres œuvres issues de ce sous-genre aient acquis une forte renommée, comme Dune de Frank Herbert (roman publié en 1965 aux États-Unis) ou encore les innombrables productions cross-médias Star Trek.
        Le space opera n’est pas né de l’imagination fertile de George Lucas. Officiellement, ce sous-genre est identifié dès les années 40 (mais il avait déjà fait des petits bien avant). L’expression a été inventée en 1941 par l’écrivain américain Wilson Tucker. Elle est issue de la fusion entre le soap opera, un terme désignant « les feuilletons radiophoniques à destination des ménagères souvent sponsorisés par des marques de lessive (1) », et l’espace (« space »), thème principal du space opera (littéralement « opéra de savon »). Vous l’aurez compris, Tucker ne portait pas dans son cœur les productions des années 30 qu’il catégorisait ainsi. Il faut dire qu’elles étaient alors très stéréotypées, mettant toujours en scène « des récits d’aventure et d’action se déroulant dans l’espace interstellaire et comportant une inévitable intrigue amoureuse sur fond de conflits avec des races extraterrestres (2) ».
        Avec le temps, le space opera a cependant évolué, gagnant en profondeur, tout en gardant ses caractéristiques de fiction à fort potentiel d’évasion.
        Le space opera partage ainsi de nombreux points communs avec la fantasy, en dépit de son attachement à la grande famille de la science-fiction. C’est pourquoi, pour éclairer notre propos, nous allons comparer deux œuvres, l’une attribuée à la fantasy, plus précisément à la fantasy épique, L’Assassin royal de Robin Hobb, et l’autre au space opera, Star Wars de George Lucas, pour mieux comprendre ce qui les rapproche.
        L’Assassin royal est un cycle de fantasy. Il pince les cordes du merveilleux (défini par Michel Jarrety comme reposant « sur l’acceptation immédiatement donnée d’un surnaturel qui ne suscite aucune surprise (3) ») en mettant en place un univers fictif dit « secondaire », c’est-à-dire un univers différent du nôtre (le monde alors dit « primaire »), fondé sur un système de magie cohérent et sur ses propres « lois naturelles (4) ». En effet, L’Assassin royal est la quête initiatique de Fitz, un bâtard royal doué du Vif et de l’Art, deux dons magiques, l’un populaire et avili, l’autre noble et recherché, parfaitement connus dans le royaume des Six-Duchés où se déroule l’action. Comme de nombreuses œuvres de fantasy (bien que ce ne soit pas une caractéristique fondamentale du genre), la trame de L’Assassin royal s’ancre dans un monde médiévalisant.
        Star Wars est en revanche une saga (originellement cinématographique mais qui a depuis longtemps dépassé ce cadre « étriqué ») de science-fiction, classée dans le sous-genre du space opera. Ainsi, Star Wars se caractérise, à l’instar des premières œuvres de space opera comme Le Cycle de Mars regroupant les aventures du héros John Carter, d’Edgar Rice Burroughs (aussi le créateur de Tarzan), par une intrigue se déroulant dans l’immensité spatiale, à l’échelle interplanétaire, et jouant sur les codes du western, du roman d’aventure et des récits de voyage (batailles épiques, duels, exotisme des paysages, des populations et des mœurs…).
        Bien que Star Wars ne tende pas vers un réalisme très poussé comme d’autres œuvres de space opera, il est clairement affiché que les différents peuples maillant cette « galaxie lointaine » bénéficient d’une technologie plus avancée que la nôtre (ainsi que le prouvent, entre autres, les vaisseaux spatiaux et les armements laser). C’est essentiellement pour cette raison que Star Wars se classe en science-fiction, et non en fantasy. 


        Néanmoins, si l’on y regarde de plus près, la frontière entre L’Assassin royal et Star Wars est très poreuse, comme peut l’être la ligne de démarcation entre fantasy et space opera. Dans la mesure où le space opera fait intervenir des planètes différentes de la Terre, inconnues de notre Voie Lactée, il semble logique que ces astres puissent répondre à des « lois naturelles » différentes de celles de notre monde, ce qui a pour effet de brouiller le cadre du merveilleux.
        Prenons l’exemple de la pesanteur. Celle de la Terre (qu’on peut définir comme faisant partie de nos lois naturelles) est six fois plus importante que celle de la Lune. Si cette dernière, qui appartient à notre système solaire, présente des lois naturelles différentes de la Terre, on peut imaginer que l’espace infini offre des possibilités encore plus extraordinaires et introuvables sur notre planète. La Force, si présente dans Star Wars et qui, avouons-le, revêt toutes les apparences d’un système magique, donc d’un élément merveilleux qui pourrait apparenter l’œuvre à la fantasy, sera ainsi plutôt perçue comme une hypothèse possible (à défaut d’être probable) sur le plan scientifique.
        Le space opera est donc un sous-genre de la science-fiction accessible à tous grâce à son souffle épique et son goût prononcé pour l’aventure, que l’on retrouve beaucoup dans la fantasy. Il peut être un bon compromis pour les passionnés de cette dernière peu accoutumés à la S-F mais qui souhaitent s’y essayer sans se sentir trop « dépaysés ». Et cela tombe bien, pour ceux (sans doute assez rares) qui ne connaissent pas encore La Guerre des étoiles, vous pouvez d’ores et déjà vous initier en fonçant dans les salles obscures : Star Wars VII : Le Réveil de la Force vous y attend. Quant aux autres… eh bien, ce n’est pas parce que vous êtes un spécialiste du space opera qu’il faut vous priver de ce plaisir !
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(1) Jacques Baudou, La Science-fiction, Paris, PUF, 2003, p. 30.
(2) Ibid., p. 30.
(3) Michel Jarrety (dir.), Lexique des termes littéraires, Paris, Le Livre de Poche, 2001, p. 263.
(4) Tzvetan Todorov, Introduction à la littérature fantastique, Paris, Points, 1970, p. 29.

mercredi 9 décembre 2015

Le Bois de Merlin
de Robert Holdstock (éditions Mnémos)


Résumé :
Brocéliande… terre de légendes, refuge sylvestre des charmes anciens, tombeau vivant de Merlin trahi par la belle Viviane…
Dans ce lieu chargé d’histoire, il ne viendrait à l’idée d’aucun natif de mettre en doute la magie qui émane de cette forêt millénaire. De génération en génération, les enfants sont les témoins émerveillés du passage des fantômes. Les esprits des morts continuent de déambuler sur les chemins qu’ils empruntaient de leur vivant, et les enfants du pays dansent au milieu de leur silhouette éthérée. Adultes, ils deviennent aveugles aux spectres, mais ils retrouvent dans leurs propres enfants un peu de ce don qu’ils ont perdu.
À la mort de sa mère, Martin revient sur sa terre natale. Contre l’avis de la défunte, il décide de rester dans le domaine familial pour y fonder sa propre famille.
Mais que représentent les désirs d’un homme face à deux volontés de fer plusieurs fois centenaires ?


Critique (attention, spoilers) :
Difficile de conseiller ce livre car son histoire est assez insaisissable… En quelques mots : il plaira ou ne plaira pas.
Le Bois de Merlin est une intrigue empreinte de mythologie celtique qui se situe à la croisée des genres. C’est un roman de fantasy qui confine au roman fantastique et d’épouvante à certains égards.
De nombreux critiques le présentent comme une réécriture arthurienne… cette vision est assez simpliste. Si Le Bois de Merlin évoque bien entendu la légende de Merlin et Viviane, ce n’est pas directement dans la matière arthurienne que Robert Holdstock a puisé son inspiration, mais dans les mythes et légendes préarthuriens, des récits celtiques primitifs qui ont servi de base aux contes des chevaliers de la Table ronde.
C’est peut-être aussi pour cela que Le Bois de Merlin laisse en bouche, après lecture, un arrière-goût qui rend perplexe et insatisfait. On croyait arriver en terrain familier, et on s’est retrouvé à s’enliser dans des références que l’on ne maîtrise pas du tout.
L’intrigue est pourtant originale et le style n’est pas dénué d’onirisme et de féerie. Les personnages sont intéressants et complexes, mais le récit est curieusement contemplatif et on ne parvient pas à s’attacher aux protagonistes. Quant à la narration, elle est plutôt déroutante : classique au milieu, elle se constitue, au début et surtout à la fin du roman, par les récits de certains personnages qui viennent nous éclairer sur la magie qui règne dans cette Brocéliande holdstockienne. Pour certains lecteurs, ces récits alourdiront l’histoire qui deviendra moins vivante et un brin artificielle. Mais, pour ceux qui aiment les romans à tiroirs, Le Bois de Merlin est plutôt adapté.
Reste que Robert Holdstock a été, jusqu’à sa mort en 2009, à 61 ans, un auteur prolifique surtout connu pour ce qui est considéré comme son chef d’œuvre, La Forêt des Mythagos. Alors peut-être est-ce par ce cycle qu’il vaut mieux s’initier à son art…