Bienvenue sur ces rivages oniriques !

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Rivages oniriques est un blog consacré aux cultures de l’Imaginaire (fantasy, fantastique, science-fiction) et aux cultures de genre (historique, thriller, épouvante…).

Vous y trouverez donc de nombreuses chroniques littéraires, mais aussi des critiques de films, de séries télévisées, d’expositions… et bien d’autres choses encore, toutes liées, de près ou de loin, à ces genres qui nous font rêver, vibrer, cauchemarder, et nous aventurer loin du territoire familier de notre quotidien.

Nous espérons que vous serez nombreux à nous rendre visite.

Et, surtout, n’hésitez pas à laisser une trace de votre passage, à donner vous-mêmes vos avis ou vos conseils de lecture, de visionnage, d’écoute ou d’incursion…

Très bonne visite !

mercredi 1 mars 2017

American Horror Story

American Horror Story 

série télévisée créée par Ryan Murphy et Brad Falchuk


Résumé :
Impossible de faire le résumé habituel (et sans spoilers) de cette série dont chaque saison raconte une histoire différente. Si la plupart des acteurs reviennent d’une saison à l’autre, c’est pour camper chaque fois un nouveau rôle, leurs personnages se retrouvant inlassablement prisonniers d’endroits tous plus terrifiants les uns que les autres. American Horror Story revisite ainsi les classiques des films d’épouvante et vous plonge dans ce que l’Amérique a de plus profondément dérangeant… Car l’American way of life n’est pas aussi lisse qu’on le croit…


Critique (attention, spoilers) :
Sordide, effrayant, terrible et tragique, voici quelques-uns des qualificatifs les mieux adaptés à cette série, portée par une ambiance visuelle et sonore glauque et intense. Les acteurs sont éblouissants, capables de nous faire vibrer des émotions les plus diverses. 
American Horror Story comporte actuellement 6 saisons. De l’une à l’autre, la série nous balade dans les lieux les plus emblématiques des récits d’épouvante : d’une maison hantée à un hôpital psychiatrique des années 60, en passant par un internat de sorcières et un cirque peuplé des créatures les plus monstrueuses de la Création… 6 saisons, 6 époques, 6 lieux chargés d’histoire et de tragédies.
Dans un sens, American Horror Story pourrait bien être renommée American Drama Story, car chaque épisode approfondit le destin des personnages jusqu’à nous plonger au cœur de leurs drames personnels et des interactions funestes qui les lient à leurs congénères.
La série est également une excellente réappropriation, à la fois moderne et conservatrice, des thèmes habituels des récits d’horreur. D’ailleurs, ses créateurs prouvent par de nombreux clins d’œil et hommages qu’ils connaissent aussi bien leurs classiques qu’un compositeur de musique connaît les grands noms de ses prédécesseurs et de ses contemporains.
Un concept audacieux et brillamment exploité, qui offre un regard sans complaisance sur la société américaine au fil de l’histoire, et nous fait explorer les replis les plus sombres du cœur humain.
Ce qui fait d’American Horror Story l’une des meilleures séries d’horreur de sa génération…

samedi 4 février 2017

Maman a tort

Maman a tort
Michel Bussi (éditions Presses de la Cité)


Résumé :
Marianne Augresse est commandante au commissariat du Havre. Depuis plusieurs mois, cette femme à la poigne de fer traque sans relâche deux fugitifs complices d’un braquage à Deauville. C’est dire si elle n’a pas besoin d’une affaire supplémentaire en ce moment ! Mais quand Vasile Dragonman, un psychologue scolaire, la supplie d’enquêter discrètement sur Malone, un enfant de 3 ans et demi qui prétend que sa maman n’est pas sa vraie maman, Marianne est intriguée malgré elle. Et si le petit Malone disait vrai ? Combien de temps encore avant que sa mémoire ne cède ? Avant que les souvenirs ne s’estompent ? 
Ne dit-on pas que la vérité sort de la bouche des enfants ?


Critique :
Même si son intrigue est parfois prévisible, Michel Bussi est un vrai Petit Poucet ! Il sème suffisamment de fausses pistes sur son passage pour embrouiller le lecteur le plus malin, comme autant de miettes que ce dernier ramasse, trie, range et réarrange en tentant de découvrir ce qui se cache dans la mémoire de Malone. 
Maman a tort est un thriller haletant, construit comme un véritable dédale dont la mémoire de l’enfant est le fil d’Ariane. L’enquête emprunte plusieurs chemins parallèles et l’on suit tour à tour différents limiers remontant les pistes, flairant la vérité comme un morceau de choix que l’auteur ne leur abandonne qu’à la toute fin. 
Michel Bussi prend visiblement plaisir à emmêler les fils et à nous balader dans cet imbroglio qu’il maîtrise parfaitement. Un peu trop parfois, et le lecteur orgueilleux trop longtemps tenu en laisse pourra avoir l’impression d’un suspense artificiel ou d’une histoire quelque peu alambiquée et pas toujours très crédible. En outre, d’aucuns regretteront les personnages féminins assez caricaturaux et un rapprochement femme-maternité omniprésent qui peut vite devenir écœurant. Mais il faut reconnaître que l’ensemble est terriblement prenant et la fin, surprenante. 
Finalement, c’est Michel Bussi lui-même qui nous donne, avec une grande lucidité et dans une sorte de mise en abyme, la meilleure analyse de son roman en comparant le ressenti de son héroïne, Marianne Augresse, avec celui de son lecteur : « Gérer deux affaires à la fois l’empêchait de ralentir, de s’attendrir, de s’appesantir, un peu comme on lit un roman policier dont les histoires parallèles s’intercalent de plus en plus vite, au fil des chapitres, qui vous oblige à passer d’une pensée à l’autre sans les mélanger, sans avoir même le temps de s’interroger*. » 
Et c’est exactement ce qu’on éprouve à la lecture de ce thriller. L’impression de ne pas voir le temps passer, de plonger corps et âme dans l’action et le suspense, mais avec le sentiment parfois d’être sans arrêt sollicité pour ne pas être amené à s’interroger sur les petites incohérences ou les grosses ficelles de l’histoire. 
Un guet-apens littéraire en somme, dans lequel on plonge agréablement. 

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* Maman a tort, p. 329-330, éditions Pocket.

samedi 21 janvier 2017

Les Pirates fantômes

Les Pirates fantômes

de William H. Hodgson (éditions Terre de brume)

 

Résumé :
Jessop embarque sur le Mortzestus, un navire à la déveine incroyable pour certains, hanté pour d’autres. Mais le marin a bien trop besoin de sa solde pour prêter l’oreille à ces racontars. Pourtant, dès les premières nuits, il observe d’étranges ombres évoluer sur le pont ou dans les gréements. Son imagination lui joue probablement des tours, se rassure-t-il. Mais il n’est bientôt plus le seul à remarquer ces silhouettes menaçantes… Le Mortzestus serait-il réellement hanté ? 


Critique (attention, spoilers) :
Après huit années passées à naviguer pour la marine marchande, William Hope Hodgson a pris la mer, et surtout les conditions de travail des marins, en parfaite horreur. Devenu écrivain, il a régulièrement dénoncé au travers de ses œuvres la brutalité des officiers et l’inconfort de la vie sur les bâtiments à voiles du XVIIIe siècle finissant. Quant à la mer elle-même, il a entretenu avec elle, toute sa vie durant, une relation ambiguë, faite de haine et de peur farouche alliées à une connaissance intime, qui confine à une passion refoulée.
C’est ce mélange d’aversion et de fascination que l’on retrouve dans Les Pirates fantômes, histoire que l’auteur a publiée en 1909 et qui atteste d’une imagination débordante et cauchemardesque. Dans ce roman, l’écriture d’Hodgson se caractérise par un usage courant de l’argot et du vocabulaire de la marine. Il nous plonge avec une étonnante facilité dans la vie quotidienne de ces matelots, habitués aux vicissitudes de la mer, et qui se heurtent pourtant à de terribles et funestes apparitions encore jamais rencontrées. Hodgson maîtrise à la perfection l’art du suspense dans cette histoire au rythme si soutenu que l’on croirait à une longue nouvelle. L’horreur s’impose de façon insidieuse et croissante, et, à l’instar des victimes du Mortzestus, ce bateau maudit, le lecteur éprouve un fort sentiment d’impuissance qui grandit au fil des pages.
Quelques années avant Lovecraft et ses Grands Anciens, Hodgson inventait déjà des créatures sépulcrales, issues des abîmes marins, terrifiant et massacrant les hommes. Dans ce récit d’horreur et fantastique annonçant ceux du XXe siècle, l’écrivain britannique exploite aussi, bien avant les grandes heures de la science-fiction, la notion de dimensions parallèles séparées par une étroite frontière que des êtres monstrueux et dénaturés peuvent traverser. Mais, pour son grand malheur, Hodgson était un précurseur. Il n’atteignit guère de son vivant la réussite commerciale espérée, en dépit d’un succès critique indéniable. Il faudra attendre plusieurs années après sa mort pour que la postérité retienne son nom comme celui de l’un des plus grands maîtres du fantastique. Et, avec ses Pirates fantômes, Hodgson nous prouve par-delà le temps que cette réputation n’est pas usurpée.

mercredi 7 décembre 2016

Suicide Squad 

film réalisé par David Ayer


Résumé :
Après la disparition de Superman, le monde a besoin d’un nouveau sauveur.
Et Amanda Waller, agent secret retorse du gouvernement américain, a une façon très peu catholique de remédier à la question. Elle réunit les plus dangereux criminels de Gotham City et les oblige à se mettre au service de la sécurité nationale en dépit de leurs intérêts personnels. Elle appelle cette unité d’élite la « Force Spéciale X ». Eux se voient plutôt comme la « Suicide Squad »…
Même les supervilains ont une faiblesse qui peut être exploitée, pense l’agent Waller. Mais est-ce suffisant pour les contrôler ?


Critique (attention, spoilers) :
Suicide Squad, c’est Avengers en version very bad guy !
On y retrouve aussi un peu de l’ambiance malsaine et borderline de Sin City, en beaucoup plus édulcoré, ce qui rend « l’escadron de la mort » de DC Comics plus accessible au grand public. L’humour y est moins noir et plus léger, mais les deux films partagent la même attention portée à l’esthétique et le même goût pour les images époustouflantes.
Certes, l’intrigue est cousue de fil blanc. Cependant, les personnages ont une réelle profondeur. Suicide Squad met en scène des antihéros comme on les aime, aux talents hors du commun mais aux défauts tout ce qu’il y a de plus humains. Chacun a son talon d’Achille qui le rend particulièrement attachant. Les « méchantes », Harley Quinn et l’Enchanteresse, sont hyper canons et super badass
Mais la véritable méchante du film est, contre toute attente, Amanda Waller. Cette femme d’apparence bien éduquée est une version plus obscure du personnage de Nick Fury, joué par Samuel L. Jackson, dans Avengers. Car, sans l’arrogance et la soif de pouvoir de cette femme, il n’y aurait pas de catastrophe, et tout simplement pas de film… Une parabole de l’action de nos chefs d’État qui jouent aux seigneurs de guerre et provoquent des conflits un peu partout dans le monde en fabriquant les terroristes de demain ?
Certains trouveront la présentation des personnages un peu longue, mais elle fait aussi tout le sel de ce long-métrage survitaminé, qui repose entièrement sur l’affrontement de ces différentes personnalités aux talents multiples et aux intérêts divergents.
Ce film est un festival d’humour, de violence et de bonnes… pardon ! de mauvaises actions, que je recommande à tous les fans de superhéros… et aux autres !
Superman est mort ? Vive Supermen !

dimanche 30 octobre 2016

La Séquestrée 

de Charlotte Perkins Gilman (éditions Libretto) 

 

Résumé : 
Pour la guérir de sa dépression, un médecin contraint son épouse, jeune mère de famille sensible et passionnée, à une cure de repos drastique. Mais l’isolement et l’oisiveté ne présentent pas le succès escompté…


Critique (attention, spoilers) :
Grande figure de la société américaine du xixe et du xxe siècle, Charlotte Perkins Gilman, née en 1860, a publié La Séquestrée en 1890.
Cette courte nouvelle dresse le portrait d’une femme frustrée, obligée par son entourage à refouler toute émotion, toute ambition propre, pour se conformer aux exigences d’une société faite pour et par les hommes. Sans cesse rabrouée et réfrénée par ses proches – qui n’opposent à son mal-être qu’une indifférence dédaigneuse –, fortement marquée par l’oisiveté et la solitude, la narratrice a pour seule compagnie ses idées noires, et elle ne trouvera d’échappatoire que dans la folie.
Évoquée dans un épisode de la première saison d’American Horror Story, La Séquestrée (The Yellow Wallpaper, en anglais) – de même que son auteure – gagnerait à être mieux connue en France.
Tout en faisant penser aux récits fantastiques de Guy de Maupassant (notamment au Horla) et aux Contes macabres d’Edgar Allan Poe, cette nouvelle s’éloigne de ces histoires courtes, non par son style ou les faits qu’elle relate, mais par le message sous-jacent de son auteure. En effet, dans La Séquestrée, le fantastique n’est qu’une apparence, car peu d’ambiguïté plane sur la santé mentale de la narratrice, qui voit dans le papier peint de sa chambre une femme retenue prisonnière. Sous la plume de Charlotte Perkins Gilman, il ne fait aucun doute que cette vision n’est que le délire de l’héroïne dont l’esprit s’est libéré des entraves de la société en choisissant la démence.
Et si l’auteure sait si bien décrire la folie naissante, c’est qu’elle a elle-même flirté avec pendant plusieurs années…
L’édition Libretto peut paraître un peu chère vu l’épaisseur du livre, mais elle a le mérite de se terminer par une biographie de l’auteure qui permet de mieux comprendre son œuvre et le contexte dans lequel elle l’a écrite, car La Séquestrée est en grande partie autobiographique.
Abandonnée par son père et élevée par une mère castratrice, Charlotte s’est mariée en 1884 par respect des convenances. Mais elle vit mal ce mariage. Profondément frustrée de devoir se soumettre à l’autorité masculine que représente son époux, elle souffre en outre, après son accouchement, d’une sévère dépression.
Trois ans avant de songer à écrire La Séquestrée, Charlotte demande conseil à un célèbre neurologue qui lui prescrit une cure de repos drastique, l’enjoignant de ne plus s’adonner à aucune activité intellectuelle. Mais, au bout de plusieurs mois de ce traitement, l’état de Charlotte empire, et la jeune femme se sent si près de basculer dans la démence qu’elle reprend le travail. C’est en se remettant à écrire qu’elle réussit à sortir du marasme dans lequel elle a été à deux doigts de sombrer.
À la suite de cette mauvaise expérience, Charlotte divorce et gagne son indépendance en donnant de nombreuses conférences qui exportent son nom au-delà des frontières américaines. Ses vues sur le divorce, les droits parentaux et ceux des enfants, sont largement en avance sur son temps.
Pionnière, Charlotte le reste jusqu’au jour de sa mort. Atteinte d’un cancer du sein incurable, elle se suicide en 1935, alors qu’elle est en phase terminale de la maladie. Une fois de plus, elle défend ainsi une cause qui lui est chère : le droit pour tous de mourir dignement.
Mais Charlotte a surtout été retenue par la postérité comme une féministe engagée. Elle n’a, dans ses œuvres, cessé de dénoncer l’hégémonie masculine et la condition des femmes de son époque. Ces dernières, prisonnières du carcan social, du foyer et des tâches ménagères, n’avaient alors pour autre destinée que celle de soutenir leur mari et de devenir mère d’homme. Cette écrivaine talentueuse leur a ouvert une autre voie.
Charlotte Perkins Gilman était un être exceptionnel, qui a su renverser les obstacles, malgré les préjugés, pour s’affranchir de sa condition et participer à élever les femmes au même niveau que les hommes. La Séquestrée condense tout ce que l’écrivaine a connu de plus phallocrate, s’inspirant d’un vécu subi et douloureux. C’est un magnifique témoignage de l’époque victorienne, bouleversant de vérité. Un récit réaliste engagé qui sonne comme une œuvre fantastique sans en être véritablement une…

dimanche 4 septembre 2016

La Sorcière de midi 

de Michel Honaker (éditions Rageot)

 

Résumé :
Ed, il aime bien manger. Du coup, il est un peu gros, et c’est pas facile d’être un peu gros quand l’école est truffée d’idiots comme Williams et sa bande. Heureusement qu’il y a Harold, son copain Harold un peu étrange. Il a toujours l’air d’être ailleurs, Harold. Mais c’est quelqu’un de bien. Et quand les disparitions commencent, Harold est le seul à donner l’impression de comprendre quelque chose…


Critique :
Quand Le Petit Nicolas rencontre Ça de Stephen King…
La Sorcière de midi de Michel Honaker est un petit bijou d’humour et de poésie. D’une poésie brute, sauvage, à la grande puissance évocatrice.
Le narrateur, Edmond Willoughby (dit « Ed ») est un héros tendre et attachant, un petit gros qui fait  penser à Alceste, le mangeur de la bande créée par Sempé et Goscinny. Au style vif et imagé à l’ironie mordante déjà présent dans le cycle L’Agence Pinkerton du même auteur, s’ajoute ici un langage enfantin, empreint d’une fausse naïveté qui soulève plusieurs niveaux de lecture.
L’atmosphère, lourde et pesante, et le calme inquiétant qui plane sur ce village enfoui sous la neige, ne sont pas sans rappeler Un roi sans divertissement de Jean Giono. À ceci près que, sous la plume d’Honaker, le fantastique se fond dans le réel comme une goutte de sang dans la neige…
La Sorcière de midi, c’est aussi un hommage au poème symphonique éponyme d’Antonín Dvořák* et aux légendes populaires tchèques dont le compositeur s’était lui-même inspiré.
Texte court que l’on dévore, one-shot qui se suffit à lui-même… Ce roman s’adresse à tous ceux qui croient que la littérature pour la jeunesse n’est bonne que pour les enfants et qu’elle n’a rien à apporter aux adultes. À lire de toute urgence !

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* La Sorcière de midi (Polednice), B. 196, (op. 108).

dimanche 21 août 2016

L’Agence Pinkerton 

Tome 1, Le Châtiment des Hommes-Tonnerre 

de Michel Honaker (éditions Flammarion)


Résumé :
Trois hommes à la poursuite d’un voleur sur le Transcontinental. Mais pas n’importe quels hommes, rendez-vous compte ! Des agents du premier bureau fédéral américain, des agents de la célèbre agence Pinkerton… Trois nouveaux cadavres sur les rails.
Jamais encore le voleur n’avait fait de victime. Et pour une première, il a frappé fort ! L’affaire fait les choux gras de la presse. Il faut agir, mais quoi faire ?
Neil Galore, un jeune dilettante, est embauché par l’agence, en compagnie de trois autres jeunes gens, pour reprendre l’enquête. Sauront-ils mettre leurs dissensions de côté pour trouver le coupable ?


Critique (attention, spoilers) :
Voilà une série qui fleure bon la poudre, les chevaux et le sable chaud du désert !
Ce premier tome de L’Agence Pinkerton nous fait gentiment renouer avec les westerns qui ont marqué l’industrie du cinéma, notamment à partir des années 60.
On retrouve en effet, dans Le Châtiment des Hommes-Tonnerre, tous les codes, les thèmes et les stéréotypes du bon vieux western que Michel Honaker remet au goût du jour, les jeunes générations n’ayant pas forcément eu accès aux films de Sergio Leone et compagnie.
L’ambiance du Far West est ainsi très bien rendue… un peu trop d’ailleurs.
Dans ce premier tome, Honaker ne s’écarte pas beaucoup des stéréotypes. Alors qu’il aurait pu exploiter les motifs inhérents au western en les renouvelant, les transcendant, il ne fait que les exploiter sans leur apporter grand-chose de novateur, se limitant aux situations classiques : la partie de poker au saloon, le voyage en train qui commence à mailler le territoire américain, le déraillement du même train par le sabotage de l’aiguillage, l’exploration d’un tunnel souterrain (on ne tombe pas loin du grand classique de la mine), la manipulation de la nitroglycérine, le cimetière indien (non, je vous ai eu, c’est en réalité un charnier chinois)… Bien sûr, ces scènes s’appuient sur une réalité bien établie, mais elles ne constituent pas à elles seules le Far West, et elles ont déjà été décrites des dizaines de fois. En fait, on a parfois l’impression que ces stéréotypes font partie de l’ambition didactique du roman, qui est par moments assez mal dissimulée.
Heureusement, le héros, Neil Galore, est bien campé, et assez peu conventionnel : menteur, voleur, tricheur… C’est un cabotin, sympathique en dépit de ses défauts, qui s’avère évidemment être plus que la somme de tous ses vices ! Ses compagnons d’armes, Armando Demayo et Elly Aymes, auraient mérité d’être un peu plus développés. Intéressants, ils ne sont cependant pas très utiles, et on comprend vite que Neil est le seul à avoir la trempe du détective, donc du héros, dans cette histoire…
La vraie surprise de L’Agence Pinkerton, c’est que le cycle se présente comme une saga historique truffé d’éléments fantastiques, ce qui reste assez rare dans le western et fait délicieusement penser au jeu de rôles Deadlands. La magie est bien introduite, quoique, encore une fois, plutôt classique. Trois pouvoirs sont en effet répertoriés dans ce tome 1 : la clairvoyance par le biais de visions, la pyrokinésie et le don d’ubiquité (capacité à se trouver en plusieurs endroits en même temps). Un peu trop faciles d’utilisation, ces pouvoirs magiques n’exigent apparemment pas de formation particulière, et leur pratique ne semble susciter aucune difficulté particulière pour peu que le personnage ait le don.
D’un autre côté, Honaker préfère ici l’humour et l’action au mélodrame, et c’est ce qui fait le charme du Châtiment des Hommes-Tonnerre.
La technique de l’auteur est d’ailleurs irréprochable. Il y a très peu de temps morts dans son intrigue et ils sont parfaitement bien dosés : nulle place à l’ennui dans cet hybride d’Harry Potter et de Lucky Luke. Dans ce sens, c’est un roman qui se lit comme un film. L’ensemble est joliment écrit, relevé par un style vif et imagé. Mais l’intrigue passe vite, trop vite. Heureusement que les tomes suivants sont là pour développer l’univers qui nous laisse sur notre faim dans ce premier opus.
Car si ce premier roman m’a semblé manquer d’un supplément d’âme, évoquant un produit fabriqué à la chaîne (l’auteur ayant déjà écrit plus d’une centaine d’ouvrages), la suite de la série devient très vite addictive. Dès le tome 2, Michel Honaker s’éloigne des stéréotypes qui pèsent sur le tome 1, et il développe davantage les personnages secondaires ainsi que les relations qu’ils entretiennent avec le héros, apportant enfin ce vent frais tant attendu.
Et, de toute façon, le western fantastique se fait trop rare, dans la littérature française, pour bouder notre plaisir. Alors montez dans le Transcontinental et, comme Neil Galore, partez à la conquête de l’Ouest !
Sinon… tu vas danser, pèlerin.