Bienvenue sur ces rivages oniriques !

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Rivages oniriques est un blog consacré aux cultures de l’Imaginaire (fantasy, fantastique, science-fiction) et aux cultures de genre (historique, thriller, épouvante…).

Vous y trouverez donc de nombreuses chroniques littéraires, mais aussi des critiques de films, de séries télévisées, d’expositions… et bien d’autres choses encore, toutes liées, de près ou de loin, à ces genres qui nous font rêver, vibrer, cauchemarder, et nous aventurer loin du territoire familier de notre quotidien.

Nous espérons que vous serez nombreux à nous rendre visite.

Et, surtout, n’hésitez pas à laisser une trace de votre passage, à donner vous-mêmes vos avis ou vos conseils de lecture, de visionnage, d’écoute ou d’incursion…

Très bonne visite !

vendredi 12 septembre 2014

Un bûcher sous la neige 
de Susan Fletcher (éditions Plon)


Résumé :
Corrag la sorcière. La putain. La gueuse. Voilà ce qu’ils disent d’elles. Ils l’ont honnie, accusée, pourchassée, comme sa mère et sa grand-mère avant elle. Peu importe que sa connaissance des plantes ait soulagé les maux et sauvé des vies. Tout le monde sait que la guérison par les simples est de la sorcellerie, n’est-ce pas ?
Enfermée dans une geôle sombre et puante, les cheveux hirsutes et la face noire de crasse, la jeune Corrag attend le dégel qui la verra brûler sur le bûcher.
C’est alors que la providence place sur son chemin un homme de foi. Celui-ci entre à contrecœur dans sa prison pour obtenir des renseignements. Elle aurait, dit-on, été le témoin d’un massacre perpétré sur l’ordre du roi Guillaume, l’usurpateur. Car Charles Leslie est jacobite. Il agit en faveur du retour du roi Jacques, forcé à l’exil par ce que la postérité a retenu sous le nom de Glorieuse Révolution. Et le récit échevelé de cette fille du Diable pourrait lui être utile.
Bravant son dégoût, l’homme de foi s’assied et écoute. Corrag raconte d’abord son histoire, faite de fuite et d’isolement, de contemplation, d’émerveillement et de joies simples. Puis elle aborde sa rencontre avec le clan MacDonald, des Highlanders, avant que ce dernier soit décimé par les soldats de Guillaume.
Au fil des jours, le cœur et les convictions de Charles se brouillent. Cette créature, pas plus grande qu’une fillette, a une façon de parler et un comportement étranges, certes. Mais est-elle vraiment le jouet des ténèbres que les gens bien pensants redoutent et exècrent ?


Critique (attention, spoilers) :
Un bûcher sous la neige est un roman historique qui ne doit pas se réduire à cette classification. Bien que son intrigue se déroule dans les Highlands du xviie siècle, le contexte historique semble assez anecdotique par rapport au personnage de Corrag, la narratrice, qui raconte son enfance anglaise puis sa vie de jeune adulte en Écosse.
Tout au long de son existence, pour se préserver, Corrag a fui la compagnie des hommes, se tenant délibérément à l’écart de l’humanité, de ses violences et de ses conflits, de son histoire. À certains moments clés de sa vie néanmoins, les affaires humaines l’ont rattrapée, comme à la fin du roman où l’Histoire précipite sa chute et celle de ceux que la sorcière a côtoyés, a appris à connaître et à aimer, en dépit de son exil.
L’Histoire n’est donc qu’un personnage secondaire dont l’importance se fait surtout sentir dans les derniers chapitres. De ce fait, il y a assez peu d’action (sauf, encore une fois, à la fin, où le temps pour agir semble manquer à l’héroïne après toutes ses années de contemplation).
C’est donc, au-delà du roman historique, le portrait d’une très belle âme que nous dresse ici Susan Fletcher, une âme qui n’est qu’amour, tolérance, bonté et innocence. Le personnage de Corrag pourrait énerver ou mettre mal à l’aise tant il semble moralement parfait. Pourtant, dès le départ, on se glisse dans la tête et la peau de cette héroïne avec une facilité déconcertante. Corrag est terriblement attachante. Parce qu’elle a vécu des choses atroces, parce qu’elle en parle sans donner l’impression de s’en plaindre, mais qu’elle ne tend pas non plus l’autre joue. Ce n’est pas une sainte ou une martyre, supportant stoïquement la peine vécue au cours de sa vie terrestre, convaincue que la qualité de son séjour éternel dépende de ses actions quotidiennes. La jeune fille n’est pas chrétienne. Elle s’est construit sa propre religion, ses propres croyances, que l’on pourrait qualifier de païennes et d’animistes. Autant que possible, Corrag a tenté de fuir la douleur, de trouver le bonheur. Et elle le trouve partout, malgré les malheurs qui la frappent de plein fouet. Elle aime la vie, se contentant de petites choses simples qui lui paraissent grandioses. Elle puise son bien-être et ses forces dans la beauté de la nature et des âmes humaines, qui toutes ne sont pas mauvaises, en portant sur le monde un regard très contemplatif. Un regard de sorcière ?

Note :
Vous pourrez prochainement retrouver cette critique sur le blog http://lilleauxlivres.wordpress.com/, club de lecture lillois pour lequel je quitte de temps en temps ma grotte enfumée afin de partager d’oniriques lectures. N’hésitez pas à y faire un saut, il y a plein de critiques de livres qui n’attendent que d’être dévorés !

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