Bienvenue sur ces rivages oniriques !

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Rivages oniriques est un blog consacré aux cultures de l’Imaginaire (fantasy, fantastique, science-fiction) et aux cultures de genre (historique, thriller, épouvante…).

Vous y trouverez donc de nombreuses chroniques littéraires, mais aussi des critiques de films, de séries télévisées, d’expositions… et bien d’autres choses encore, toutes liées, de près ou de loin, à ces genres qui nous font rêver, vibrer, cauchemarder, et nous aventurer loin du territoire familier de notre quotidien.

Nous espérons que vous serez nombreux à nous rendre visite.

Et, surtout, n’hésitez pas à laisser une trace de votre passage, à donner vous-mêmes vos avis ou vos conseils de lecture, de visionnage, d’écoute ou d’incursion…

Très bonne visite !

mardi 26 août 2014

De la fantasy, du fantastique et du merveilleux

Définir la fantasy, genre protéiforme par excellence, n’est pas chose aisée. En particulier parce qu’elle est d’origine anglophone (même si de plus en plus d’écrivains français tirent leur épingle du jeu) et que la définition du genre par les Anglo-Saxons n’est pas tout à fait la même que la nôtre. Anne Besson, dans son ouvrage La Fantasy paru chez Klincksieck, ébauche une première définition de la fantasy comme étant :
« un ensemble d’œuvres textuelles mais aussi iconographiques et interactives qui exaltent (ou parodient) une noblesse passée marquée par l’héroïsme, les splendeurs de la nature préservée et l’omniprésence du sacré, en ayant recours à un surnaturel magique qui s’appuie sur les mythes et le folklore. »
Mais elle ne tarde pas d’ajouter :
« Cependant, dès que l’on cherche à borner trop fermement le domaine d’extension du genre, la validité de toute définition s’estompe (1). »
Nous avons précisé que les critiques français ne définissent pas la fantasy de la même façon que les Anglo-Saxons. En effet, ces derniers rassemblent indifféremment dans la fantasy des œuvres comme l’épopée de l’Odyssée d’Homère, les contes merveilleux des frères Grimm ou encore les nouvelles fantastiques d’Edgar Allan Poe, alors que les spécialistes français, forts des théories todoroviennes, ne peuvent que constater l’écart entre ces différentes classes de texte, et notamment entre le merveilleux, le fantastique et la fantasy sur lesquelles nous allons nous pencher ici.
Genre importé et transformé en France au xixe siècle, le fantastique a fait couler beaucoup d’encre dès son apparition. Sur ce sujet, l’étude de Tzvetan Todorov reste une référence. Voici comment il définit le fantastique :
« Dans un monde qui est bien le nôtre, celui que nous connaissons, sans diables, sylphides, ni vampires, se produit un événement qui ne peut s’expliquer par les lois de ce même monde familier. Celui qui perçoit l’événement doit opter pour l’une des deux solutions possibles : ou bien il s’agit d’une illusion des sens, d’un produit de l’imagination et les lois du monde restent alors ce qu’elles sont ; ou bien l’événement a véritablement eu lieu, il est partie intégrante de la réalité, mais alors cette réalité est régie par des lois inconnues de nous. […] Le fantastique, c’est l’hésitation éprouvée par un être qui ne connaît que les lois naturelles, face à un événement en apparence surnaturel (2). »
Bien que la critique moderne n’exclue plus un fantastique de « la monstration de l’inexplicable et de l’inacceptable », qui « joue sur le caractère spectaculaire, au sens propre, de l’être ou de l’objet qu’il donne à voir (3) », elle positionne encore le fantastique comme une « intrusion brutale (4) » de l’élément incompréhensible dans le réel parfaitement ordonné et répondant à des lois scientifiquement notoires, comme une « rupture de l’ordre reconnu (5) ». Or, la fantasy, au contraire, impose l’existence de la magie et du surnaturel comme allant de soi, éloignant le lecteur (pour son plus grand plaisir) de son cadre de vie réelle.
« Non seulement le “cadre de la vie réelle” n’y est présent qu’à titre optionnel, les “autres mondes” s’imposant davantage comme trait générique saillant, mais encore et surtout il ne saurait être question d’“ordres établis” ou de “lois naturelles” seules valables, où l’irrationnel ferait “intrusion”, choc ou même trouble. Au contraire, la fantasy apparaît en majorité comme le domaine d’un “surnaturel naturalisé” : l’existence ou l’apparition de créatures ou d’événements inconnus de notre cadre cognitif s’y voit accepté par le lecteur/spectateur au même titre qu’elles le sont au sein du monde fictionnel, sans prêter à la remise en question ou même à l’interrogation (6). »
J.R.R. Tolkien, à qui l’on doit en grande partie ce qu’est devenue la fantasy aujourd’hui, s’était lui-même interrogé sur le genre embryonnaire qu’il avait créé. Et il avait déjà essayé, dans son essai « Du conte de fées », d’expliquer ce genre à peine éclos. Pour lui, l’univers de fantasy créé par l’écrivain est un « monde secondaire » (par opposition au « monde primaire », celui que nous connaissons), qui repose sur un système de magie cohérent et sur ses propres « lois naturelles » pour reprendre l’expression, quoique détournée, de Todorov. Voici ce que dit exactement Tolkien :
« Il [l’auteur] crée un Monde Secondaire dans lequel votre esprit peut pénétrer. À l’intérieur, ce qu’il raconte est “vrai”, c’est-à-dire correspond aux lois de ce monde. Par conséquent, vous y croyez, aussi longtemps que vous vous trouvez à l’intérieur, en quelque sorte. Au moment où surgit l’incrédulité, le charme est rompu ; la magie, ou plutôt l’art, a échoué. Vous êtes alors de nouveau dans le Monde Primaire, à regarder de l’extérieur le petit Monde Secondaire avorté (7). »
Ainsi, l’univers créé n’est pas exempt de logique, mais sa logique lui est propre. Et plus le « monde secondaire » de l’auteur est détaillé, cohérent avec lui-même, plus le charme opère, retenant le lecteur dans une « croyance secondaire ».
« Quiconque héritant de la faculté de Fantasy du langage humain peut dire le soleil vert. Beaucoup peuvent alors l’imaginer ou le représenter. Mais ce fait ne suffit pas […]. La création d’un Monde Secondaire dans lequel le soleil vert serait crédible, et qui commande la Croyance Secondaire, requiert probablement du labeur et de la réflexion, et exige certainement un talent particulier, une sorte d’art elfique (8). »
En résumé, la fantasy pince les mêmes cordes que le merveilleux qui est défini comme reposant « sur l’acceptation immédiatement donnée d’un surnaturel qui ne suscite aucune surprise (9) ». Mais le merveilleux n’est pas considéré comme un genre à proprement parler, à la différence de la fantasy née dans la seconde moitié du xxe siècle. Le merveilleux est plutôt une sorte de courant artistique qui a traversé les époques, et notamment le Moyen Âge, pour se retrouver dans toutes sortes de récits génériques, à commencer par les plus connus, les contes merveilleux.


(1) Anne Besson, La Fantasy, Paris, Klincksieck, « 50 questions », 2007, p. 14.
(2) Tzvetan Todorov, Introduction à la littérature fantastique, Paris, Points, 1970, p. 29.
(3) Michel Viegnes, Le Fantastique, Paris, Flammarion, « GF Corpus », 2006, p. 16.
(4) Pierre-Georges Castex, Le conte fantastique en France de Nodier à Maupassant, Paris, José Corti, 1951, p. 8. Cité par Michel Viegnes, op. cit., p. 15.
(5) Roger Caillois, préface d’Anthologie du fantastique, Paris, Gallimard, 1966, p. 191. Cité par Michel Viegnes, op. cit., p. 15.
(6) Anne Besson, La Fantasy, op. cit., p. 17.
(7) J.R.R. Tolkien, « Du conte de fées » dans Les Monstres et les critiques et autres essais, Paris, Christian Bourgois éditeur, 2006, p. 165-166.
(8) Ibid., p. 174. « Du labeur et de la réflexion », Tolkien n’en manquait pas, lui qui n’a eu de cesse, de son vivant, de bâtir un monde riche de détails et d’histoires enchâssées au fil des livres qu’il a publiés : Bilbo le hobbit et Le Seigneur des anneaux bien sûr, mais aussi Le Silmarillion, travail de toute une vie qu’il ne publiera jamais de son vivant, faute d’avoir pu achever un ouvrage qu’il alourdissait sans relâche d’ajouts et de retouches.
(9) Michel Jarrety (dir.), Lexique des termes littéraires, Paris, Le Livre de Poche, 2001, p. 263.

mercredi 13 août 2014

Maléfique
film réalisé par Robert Stromberg

Résumé :
Il était une fois un royaume lointain, baignant dans la paix et la prospérité. Le couple royal qui le gouvernait était bon pour son peuple, mais il était triste car il ne parvenait pas à avoir d’enfants. Jusqu’au jour où la reine accoucha d’une ravissante petite fille. Une grande cérémonie fut donnée en l’honneur de ce bébé tant espéré. Tous les notables du royaume furent invités. Les fées elles-mêmes furent conviées à se pencher sur le berceau. Mais l’une d’entre elles avait été oubliée. La grande, l’odieuse, l’ignoble Maléfiq…
Ah non, c’est pas le bon script… ça, c’est le dessin animé de 1959. Mais où est passé notre film ? Ah, le voilà. Mmh, je reprends.
Il était une fois deux peuples antagonistes : le peuple des hommes et celui de la féerie. Mais que connaissent des conflits les enfants ? Un petit d’homme pénétra dans le royaume de féerie pour y voler une pierre précieuse… et c’est le cœur de la pétillante Maléfique, une jeune fée malicieuse, qu’il ravit. Les deux êtres que tout séparait grandirent dans l’amitié, puis l’amour, respectant leurs différences à l’abri de la brutalité du monde des hommes. Mais l’ambition et la cupidité du jeune voleur mirent un terme à leur complicité. Pour devenir roi, ce dernier endormit Maléfique par traîtrise et l’amputa de ses ailes.
À son réveil, Maléfique, pétrie de douleur, sombra dans une haine dévastatrice dont rien ne semblait pouvoir la sauver…


Critique (attention, spoilers) :
Maléfique est un petit bijou d’humour et de stéréotypes retournés comme des gants pour le plus grand plaisir des petits et des grands. Angelina Jolie est lumineuse au cœur de la noirceur de son personnage, lui insufflant une humanité et une vulnérabilité touchantes. Mais les acteurs qui l’entourent ne sont pas en reste. Pour ne citer qu’eux, Sharlto Copley, l’inoubliable Wikus van der Merwe de District 9 (ne serait-ce que pour son nom imprononçable) et Elle Fanning, étoile montante à Hollywood, emplissent le film de leur présence dans les rôles respectifs du roi Stéphane et de la princesse Aurore.
Pendant longtemps, malgré son succès littéraire, la fantasy portée à l’écran n’a guère donné de beaux fruits, hormis quelques rares exceptions parmi lesquelles les adaptations cinématographiques du Seigneur des anneaux et de Bilbo le Hobbit par Peter Jackson. Néanmoins, on a pu voir ces dernières années fleurir de surprenantes réussites, notamment grâce à la révision des contes de fées, comme Blanche Neige et le chasseur (malgré quelques défauts), mais surtout la série télévisée Once upon a time et à présent Maléfique.
Cette réécriture audiovisuelle de La Belle au bois dormant s’écarte radicalement des versions littéraires des frères Grimm et de Charles Perrault, tout comme elle prend volontairement le contre-pied du dessin animé Disney de 1959. On y retrouve bien sûr les scènes clés (le lancement du mauvais sort, l’édification de la muraille d’épines, la rencontre du prince et de la princesse, la plongée de cette dernière dans un sommeil profond…) mais vues sous un jour totalement nouveau. Ici, ce sont les humains qui ont le mauvais rôle. Guidés par un roi avide de pouvoir et sans merci, ils se montrent impitoyables envers les membres du petit peuple.
On pourrait presque voir dans ce film un retour aux sources du merveilleux, du temps où ce dernier, païen, n’avait pas encore revêtu ses atours chrétiens. Voire observer, dans la lutte qui oppose les hommes à la féerie, une métaphore (probablement inconsciente) du combat livré par l’Église contre les folklores indigènes pour les étouffer, ou tout au moins les acculturer. Un combat que la fantasy reprend souvent au nom du merveilleux païen, comme une tentative désespérée de changer l’issue de cette bataille qui, dans l’histoire, fut moins heureuse pour les êtres féeriques.
Ce qui est sûr, c’est que cette nouvelle version de La Belle au bois dormant brise en mille éclats le mythe du true love kiss, largement diffusé par l’industrie Disney elle-même, pour le reforger de manière assez inattendue.

dimanche 20 juillet 2014

Transcendance 
film réalisé par Wally Pfister

Résumé :
Lors d’une conférence destinée à récolter des fonds, le professeur Will Caster, spécialiste de l’intelligence artificielle, est victime d’un attentat terroriste. Contaminé par des radiations, il ne lui reste que quelques semaines à vivre. Sa femme, Evelyn, et son ami, Max, tous deux partenaires de ses recherches, décident de tenter le tout pour le tout : dupliquer sa conscience dans l’intelligence artificielle qu’ils ont créée : Pinn.


Critique (attention, spoilers) :
Mélange de S-F, de thriller et de romance, Transcendance est une œuvre d’anticipation profondément humaine. Une grande partie de l’intrigue est en effet basée sur la relation de Will et d’Evelyn, cette dernière étant prête à tout pour sauver son mari. Jusqu’à le rendre entièrement virtuel.
Augmenté des capacités de Pinn, connecté au monde grâce au réseau Internet, Will développe ses capacités à l’infini, alliant les possibilités des neurosciences, de la nanotechnologie, de la recherche cellulaire et de la robotique pour servir ses desseins. Mais ses méthodes sont-elles parfaitement éthiques ? Et quels sont ses desseins ? Ont-ils vraiment pour visée d’aider l’humanité ? Will est-il bien encore humain ? Ou Pinn se sert-elle des connaissances et des souvenirs du scientifique pour manipuler sa femme ? C’est en cette éventualité qu’ont foi les terroristes qui voient en l’intelligence artificielle une menace pour l’homme. Ces derniers vont alors tout mettre en œuvre pour détruire l’empire naissant des Caster.
En dépit de quelques incohérences et d’une puissance qui semble un peu trop illimitée pour être crédible, Transcendance est un film poignant sur les espoirs et les dangers de l’intelligence artificielle et de la nanotechnologie. Il pose des questions fondamentales sur le pouvoir et les capacités de l’homme, ainsi que sur les responsabilités qu’ils entraînent. Cependant, plutôt que d’apporter des réponses claires et tranchées, ce long-métrage propose des pistes de réflexion, amenant le spectateur à raisonner par lui-même et à bâtir sa propre opinion, en son âme et conscience.
La fin est très belle, presque optimiste, et nous laisse décider de qui sont les grands monstres de l’histoire. Mais peut-être n’y en a-t-il pas.
Peut-être n’y a-t-il finalement que des humains, par définition imparfaits, qui agissent en conformité avec leurs convictions profondes.
À vous de juger… ou pas.
Lasser – Mystère en Atlantide 
de Sylvie Miller et Philippe Ward (Critic)

Résumé :
Détective… ce métier vous laisse rêveur, n’est-ce pas ? Et que diriez-vous de détective pour les dieux ? Un titre enviable, assurément. Pourtant, cette vie-là n’est pas rose tous les jours. Et ce n’est pas Lasser qui vous dira le contraire...
Jean-Philippe Lasser, détective gaulois exilé en Égypte à la suite d’une enquête ayant mal tourné, s’est retrouvé embauché par la déesse Isis en personne. Difficile de dire non à une déesse sans y laisser des plumes. Malheureusement, après cette enquête couronnée de succès en est venue une autre, puis une autre, jusqu’à ce que Lasser devienne officiellement le détective des dieux.
Dans ce troisième tome, c’est Zeus, le dieu des dieux grecs, qui confie une affaire à notre fin limier. Sans avoir son mot à dire, celui-ci doit donc retrouver l’Atlantide. Rien que ça ! Et on peut dire que ses investigations démarrent plutôt mal... Il n’a pas sitôt commencé qu’il se fait passer à tabac. Classique, pour Lasser.
Et voilà les ennuis qui reprennent !


Critique (attention, spoilers) :
Un chic tandem pour un détective de choc ! Sylvie Miller et Philippe Ward sont l’auteur à quatre mains de cette uchronie policière débordante d’humour et de références mythologiques.
La série se déroule dans les années trente, dans un monde où les dieux de l’Antiquité (égyptiens, gaulois, grecs, romains, nordiques…) existent bel et bien et n’hésitent pas à s’exposer au regard des mortels, voire à s’immiscer dans leurs affaires. Dans cet univers, les traditions millénaires n’ont jamais pris fin. L’Égypte est toujours sous la coupe des pharaons, les plus célèbres monuments historiques, comme le Phare d’Alexandrie, sont encore debout, et les temples sont flambant neufs, fourmillant de vie à la gloire des dieux antiques. Mais l’histoire ancienne côtoie aussi la technologie de pointe des années trente : les voitures de luxe, alors en plein essor, sont les véritables guest-stars des romans.
Le mélange de tous ces ingrédients est détonant et apporte une touche de fraîcheur au genre de la fantasy qui a souvent du mal à sortir des univers moyenâgeux.
Si vous n’avez pas lu les deux premiers tomes, comblez vite cette lacune ! Sinon, n’hésitez pas à poursuivre l’exploration de l’univers grâce à ce troisième opus. Mystère en Atlantide m’a semblé un peu moins original que les précédents : Un Privé sur le Nil et Mariage à l’égyptienne. Il faut dire que le thème de l’Atlantide a souvent été repris dans les arts et la littérature, et la théorie de l’origine extraterrestre des Atlantes n’est pas totalement nouvelle. Malgré tout, l’île miraculeuse s’insère particulièrement bien dans l’univers décalé de Lasser. Et on observe avec toujours autant d’intérêt et d’amusement ce pauvre détective de seconde zone, hissé au rang de célébrité presque malgré lui, se débattre dans le panier de crabes divins.
Que les lecteurs sont cruels…

dimanche 22 juin 2014

Percy Jackson – Le Voleur de foudre
de Rick Riordan (Albin Michel)

Résumé :
Depuis toujours, Percy Jackson n’est pas comme les autres. Il est hyperactif et dyslexique, son cas étant encore aggravé par un déficit de l’attention. Il n’a jamais connu son père et vit avec sa mère, cohabitant difficilement avec son ivrogne de beau-père… Difficile de démarrer dans la vie avec autant de handicaps. Percy a du mal à s’intégrer et ses notes laissent à désirer. Régulièrement, les sorties scolaires auxquelles il participe s’achèvent par une catastrophe dont il semble être le responsable. Il passe d’école en école, accumulant les renvois et les mises en garde. Jusqu’au jour où un événement plus étrange que d’habitude va le propulser dans une colonie un brin spéciale : la colonie des Sang-Mêlé. Une colonie de jeunes, comme lui. Une colonie de demi-dieux.


Critique (attention, spoilers) :
Il semblerait que la pottermania ait encore frappé. En effet, comment ne pas dresser le parallèle entre Percy Jackson et Harry Potter ? Les ressemblances d’intrigue sont nombreuses. Deux jeunes garçons se heurtent à la bêtise et à la méchanceté de leur beau-père. Étant le point de convergence d’incidents étranges, ils sont aussi les souffre-douleur de leurs petits camarades. Jusqu’au jour où ils apprennent qu’ils ne sont pas des humains quelconques : Harry est un sorcier, Percy un demi-dieu. À partir de là, leur vie bascule. Les deux garçons entrent dans une école faite pour les enfants ayant les mêmes dons qu’eux. Ils y découvrent ce qu’ils n’ont jamais connu dans le monde ordinaire : le respect. Mais le mal rôde et ils doivent faire la preuve de leurs talents, quoique leur formation soit incomplète. Voldemort, Cronos… qu’importe leur nom pour peu qu’ils aient le même emploi : incarner le mal absolu en éveil. Et que dire du trio Percy-Grover-Annabeth si ce n’est qu’il ressemble comme deux gouttes d’eau au trio Harry-Ron-Hermione ? Le héros intrépide, l’élément comique malgré lui et la bêcheuse, fayot sur les bords, au cœur plus tendre qu’il n’y paraît… les profils correspondent parfaitement.
Du coup, Percy Jackson a un peu les défauts de son aîné. Les situations sont rocambolesques à souhait et les personnages semblent souvent plus chanceux que vraiment compétents. Mais la saga a aussi les qualités d’Harry Potter. Comme J.K. Rowling, Rick Riordan a su imaginer un univers de fantasy urbaine décalé, enchanté par une magie cocasse. Une fois que l’on a surmonté son impression de déjà-vu, on s’attache aux personnages et on pénètre avec délice dans cette Amérique envahie par les dieux et les monstres de la mythologie grecque. Je n’aurais pas imaginé Arès en biker avant de lire Percy Jackson, mais il faut reconnaître que la vision ne manque pas de sel !
Ce que j’ai surtout regretté, c’est une certaine prévisibilité. Accusons la malchance (mais je suppose ne pas avoir été la seule dans ce cas), j’ai deviné dès le départ à quoi faisait allusion la prophétie, qui était vraiment le grand méchant et qui était le traître, ce qui m’a évidemment gâché le suspense.
Quant aux ressemblances avec Harry Potter, j’ai quand même bon espoir qu’elles s’amenuisent dans les tomes suivants, puisque l’auteur a adopté beaucoup plus tôt que Rowling le principe de la quête en dehors de l’école.
Finalement, en dépit des quelques défauts dont nous avons parlé, Le Voleur de foudre est un bon début de saga qui donne envie de connaître la suite.
Oserez-vous défier les dieux ?

jeudi 12 juin 2014

Le Dieu dans l’ombre 
de Megan Lindholm (Télémaque)

Résumé :
Petite fille introvertie et sauvageonne, Evelyn semble être devenue une jeune femme épanouie. Elle est mariée à un homme dont elle est follement amoureuse et mère d’un garçon de 5 ans qu’elle couve un peu trop. Elle vit dans un chalet en Alaska où elle possède tout ce dont elle a besoin : une famille, des amis, un emploi… et surtout la nature, toute proche.
Mais son bonheur est soudain bouleversé par un séjour chez sa belle-famille, qui semble ne jamais vouloir prendre fin. Evelyn se heurte à l’hostilité de ses beaux-parents, à l’inertie de son mari. Puis elle observe avec horreur son fils devenir l’enjeu de sa défaite.
Mais, dans l’ombre des bois qui entourent la ferme devenue sa prison, une créature surgie de son enfance vient la retrouver. C’est un vieil ami, qu’elle avait presque oublié. L’entraînant dans un voyage fantasmagorique, il va l’aider à renouer avec la forêt, à redécouvrir qui elle est vraiment.


Critique (attention, spoilers) :
Le Dieu dans l’ombre, publié en 1991 aux États-Unis (sous le titre Cloven Hooves, qui signifie « sabots fourchus »), soit quatre ans avant la sortie américaine de L’Assassin royal, porte les prémices des grandes sagas intimistes signées Robin Hobb. Ce récit annonce aussi certains thèmes qui deviendront récurrents dans les œuvres de l’auteure, tels que la relation de l’homme à la nature ou le sens des responsabilités pesant sur les épaules de ses héros comme une sorte de fatalité. Mais c’est aussi un grand roman qui a sa propre valeur, et qui s’éloigne à grands pas de la high fantasy.
Ayant elle-même grandi en Alaska, Megan Lindholm/Robin Hobb sait mieux que personne évoquer les grands espaces sauvages de cet État, sa faune et sa flore d’une richesse souvent intimidante. On pourrait soulever un message écologique dans Le Dieu dans l’ombre (et cela bien avant le battage médiatique qui est aujourd’hui fait à ce sujet), mais ce serait réducteur. L’écrivaine nous livre ici sa propre vision de la place de l’homme dans le monde, qui n’est qu’une créature parmi tant d’autres, ni supérieure ni inférieure. Elle nous fait partager son émerveillement et son respect pour toutes les formes de vie quelles qu’elles soient, sans sensiblerie excessive : l’homme est un prédateur naturel, dont la survie passe aussi par sa consommation de viande.
Le sens du devoir est un autre thème fort du livre. Arrachée à son territoire, jetée dans la famille de son époux où elle est dépréciée, moquée, conspuée, la narratrice se sent néanmoins obligée de rester pour soutenir son mari et sauvegarder l’unité de sa famille. Dans l’espoir de préserver son fils, que ses beaux-parents tentent de retourner contre elle, Evelyn courbe l’échine. Elle est sans cesse tiraillée entre ses responsabilités d’adulte et son désir de rester elle-même. De vivre pleinement sa vie telle qu’elle l’entend, sans avoir à se camoufler derrière un comportement de façade, celui que tous veulent lui voir adopter.
Écrit à la première personne, le récit d’Evelyn nous donne accès à la complexité psychologique de cette femme unique qui a bien du mal à trouver sa place dans la société humaine. N’y parvenant pas vraiment, elle se reporte sur le monde sylvestre qui l’acceptait sans condition lorsqu’elle était enfant. Mais son statut d’humaine lui rappelle qu’elle ne fait pas totalement partie de cet univers, et elle se retrouve seule une fois de plus.
Comme souvent dans les romans de Megan Lindholm, et de son alter ego Robin Hobb, la fin est douce-amère. Ne sommes-nous pas toujours seul, quoi qu’il arrive ? Mais l’espoir subsiste et, à défaut de bonheur, au moins pouvons-nous trouver dans les activités du quotidien la satisfaction d’avoir fait ce qui devait être fait.
En conclusion, Le Dieu dans l’ombre dynamite le conformisme, le politiquement correct à l’œuvre dans nos sociétés. Certains passages pourront paraître crus, mais ils ne sont jamais gratuits. Les axes de réflexion sont très nombreux, trop pour qu’on puisse tous les aborder ici. Et c’est à mon sens l’une des plus grandes qualités de ce roman.

L’Enfant des cimetières
de Sire Cédric (Le Pré aux Clercs)

Résumé :
Au cœur de la nuit, près du cimetière Terre-Blanque, un terrible drame survient. Un fossoyeur massacre sa femme et ses deux enfants, avant de se suicider d’une balle en pleine tête. L’homme menait pourtant une vie sans histoire. Comment expliquer ce coup de folie ?
David Ormeval, photographe pour la presse locale, arrive sur les lieux du crime. Il y retrouve sa collègue journaliste, Aurore Dumas, qui voit dans cette affaire l’occasion de booster leur carrière. Mais David ne partage pas l’excitation de sa partenaire. Quelque chose rôde dans ce cimetière. Quelque chose de malsain…
On a tous une dame blanche près de chez nous. À Terre-Blanque, ils ont l’enfant des cimetières.


Critique (attention, spoilers) :
Qui a dit qu’après son âge d’or dans les années 80 la littérature d’horreur avait totalement disparu ? Bien qu’elle se soit fondue au cours de ces dernières décennies dans le genre « thriller », aujourd’hui plus en vogue, elle peut encore mettre au monde quelques beaux rejetons. L’Enfant des cimetières en est la preuve. Et ce phénomène persistera, espérons-le, tant qu’il restera des auteurs de la trempe de Sire Cédric pour peupler nos rêves de chimères cauchemardesques.
Pourtant, je dois l’avouer : rebutée par la promotion de l’auteur, qui s’appuie beaucoup sur sa prestance vampirique, j’ai boudé cet écrivain pendant des années. Je ne voyais en lui qu’un people habillé et maquillé à la façon d’un prince des ténèbres… et je me rends compte à présent que j’ai peut-être toute son œuvre à rattraper ! Sire Cédric fait partie du club très privé des auteurs d’horreur français. Il prouve ainsi qu’un écrivain francophone peut tirer son épingle de ce jeu essentiellement dominé par les Anglo-Saxons. On retrouve d’ailleurs chez ce fan de Stephen King l’influence que ce dernier a eue sur son écriture.
L’Enfant des cimetières a reçu en 2010 le prix Masterton… et on comprend vite pourquoi !
Son intrigue est pleine de rebondissements et sans temps mort. Le style est nerveux à souhait (même si une fin plus condensée aurait probablement gagné en dynamisme). Certaines images, très cinématographiques, explosent dans notre tête sous forme de flashes, nous rappelant ce que doit la littérature d’horreur aux films du genre.
Je n’ai pu déplorer que deux éléments : d’abord, j’ai senti vers la fin, par de petits détails s’agglutinant les uns aux autres, la main salvatrice de l’auteur qui veillait sur la sécurité de ses héros (les difficultés s’aplanissent un peu trop miraculeusement sur leur chemin). Quant au père adoptif du démon, il m’a semblé atteint du « syndrome du méchant » (vous savez, ces ordures qui asserviraient le monde si elles pouvaient s’empêcher d’expliquer leurs plans à leurs ennemis, laissant à ces derniers le temps de retourner la situation à leur avantage…). L’auteur a avoué qu’il avait écrit ce livre (de plus de 400 pages) en quelques mois. Ceci expliquerait-il cela ?
Mais ces petits défauts n’ont pas suffi à gâcher mon plaisir. Et ce thriller devrait réunir, sous une même bannière, amateurs de polars et fans de fantastique.
Attention néanmoins : nous avons détecté un risque d’addiction élevé. Une fois que vous aurez commencé ce livre, vous ne pourrez plus le lâcher avant la fin…